Monde, I, § 2G
SCHOPENH ACER .
tésianisme. Là où les cartésiens avaient aperçu un clair système de mouvements simples et homogènes sous leur apparente complexité, il a voulu rétablir une série compliquée d'hypostases, séparées par des abîmes; comme on pouvait s'y attendre, il ne tentait de reconstituer rien moins que la physique qualitative, les « principes », les « entités », les « quiddités », fâcheux héritage légué par Aristote au moyen âge. Cependant la philosophie de Schopeuhauer semblait faite pour s'accommoder du cartésianisme; car, dans ce système, l'unité profonde de la matière se complétait parle déterminisme rigoureux de la forme des phénomènes. Rien n'empêchait ce monisme criticistede s'achever en déterminisme, — rien, sinon le mysticisme romantique qui incitait l'auteur à peupler le monde de forces vivantes, à la fois inaccessibles à la raison et familières à l'intuition poétique. C'est pourquoi Schopeuhauer, à l'encontrc de la physique de son temps, qui, avec Ampère, Joule et Carnot, achevait de réduire la chaleur, la lumière et l'électricité au mouvement, ne professe que mépris à l'égard du mécanisme. A quoi bon, demande-t-il, ramener les propriétés de la matière au mouvement, si « celui-ci est aussi mystérieux qu'elles, aussi mystérieux que la présence de Ja pensée dans le cerveau humain1 »? Mais c'est surtout l'extension de l'hypothèse mécaniste à la chimie, qui lui inspire la plus violente irritation. Aux savants français, notamment, il reproche comme une « idée fixe » de ne voir, dans les combinaisons chimiques, que des chocs et des mouvements2. Ainsi est née cette « grossière atomistique », où des penseurs superficiels, infestés de l'influence de Locke