S 345, N., IV, p
9. 8 316» P* 197 î 340, p. 213; 637, p. 342, etc. Le cadre de cette étude ne comporte pas l'étude minutieuse de ces fragments. Il y aurait intérêt, cependant, à se demander si, de 1814, ou même de 1812, à 1818, la pensée de Schopenhauer n'a pas varié, et progressé sur plus d'un point important. On constaterait, par exemple (8 304, p. 192), qu'en 1814 Schopenhauer écrivait : « La volonté est l'Idée », et que plus tard (même page, note) il rectifia luimême en ces termes : « Ceci est inexact; c'est l'objectité adéquate de la volonté qui est l'Idée... La volonté est la chose en soi de Kant. » La différence est capitale.
les doctrines qui préoccupent la pensée du philosophe.
Mais, dans ces fragments, un thème domine tous les autres. C'est la conception de la philosophie envisagée comme un art, et non comme une science. Schopenhauer y insiste avec force en des pages achevées, qui eussent mérité de passer d'emblée dans le Monde. Qu'on lise, par exemple, les admirables fragments 9 à 18 du chapitre I des Nouveaux Paralipomènes !. On y verra développée, sous des formes éclatantes et variées, cette idée maîtresse que les sciences ont pour objet les relations des choses telles qu'elles nous apparaissent du point de vue du principe de raison suffisante, tandis que la philosophie a pour objet l'être même, l'idée réelle, telle que l'a conçue Platon ; que, dès lors, la science procède en liant les concepts qui dessinent la contexture extérieure du monde des phénomènes, tandis que la philosophie s'élève à l'intuition du monde dans son essence simple, dans sa « sincérité » (Ehrlichkeit)2. Dès lors, on aperçoit l'étroite parenté de l'artiste et du philosophe. Tous deux sont des contemplateurs, tous deux puisent directement aux sources vives de l'expérience et de la conscience; tous deux saisissent, d'une sûre aperception, ce qu'il y a dans les choses à la fois de plus intime et de plus général. « Parfaitement objective, parfaitement naïve, comme toute œuvre d'art vraie, sera cette philosophie », parce qu'elle se gardera d'interposer entre le sujet et l'objet, à la manière des « philosophatres », de Fichte et de Spinoza lui-même, le voile trompeur des concepts abstraits3.