Jbid., ch. xix, p
pensera de parler longuement de la psychologie de Schopenhauer. Ce n'est pas, tant s'en faut, qu'elle manque d'intérêt. Peu d'observateurs ont glissé au fond du cœur humain un regard plus aigu ; une étude spéciale de Schopenhauer psychologue mériterait de tenter un analyste. Mais, dans une étude générale du système, la psychologie ne peut guère prétendre à une place distincte, parce qu'on ne saurait l'isoler des thèses principales du système lui-même. Nous avons rencontré déjà la théorie de l'intuition, la distinction de l'entendement et de la raison, la négation du libre-arbitre. Nous n'y reviendrons pas, pas plus que nous n'empiéterons sur la théorie de l'émotion esthétique, de l'imagination artistique et des sentiments moraux, qui trouvera place dans les chapitres suivants. Qu'il nous suffise ici de mettre en relief quelques traits essentiels, en poursuivant le parallèle de l'homme et de l'animal.
b. L'individualité; le caractère.
Si l'homme, par sa nature, ne diffère pas de l'animal, les différences de degré qui le séparent de ses congénères n'en sont pas moins si profondes qu'elles lui assurent une place hors pair au sommet de l'échelle des vivants. Deux de ces différences commandent et expliquent toutes les autres.
La plus importante provient du mode même d'objectivation de la Volonté chez l'homme. La tendance progressive du vouloir- vivre à se manifester en créations de plus en plus différenciées parvient ici à sa plus haute réalisation : l'individualité. Sans doute, l'homme appartient à
SCHOPENH AUER .
une espèce physiologique; il est, à ce titre, un animal comme les autres; mais, tandis que l'animal diffère si faiblement d'un animal de même espèce que chaque individu résume adéquatement toute l'essence de cette espèce, chaque homme ajoute au type commun de son groupe physiologique des traits si originaux qu'il est à lui seul sa propre espèce et exprime un acte spécial de la Volonté; il est, dans une certaine mesure, « une Idée spéciale » (eine eigene Idée)1. Cette Idée, c'est le « caractère intelligible ».
Il ne faudrait pas chercher dans ce caractère, principe de l'individuation, l'équivalent de Y âme de la psychologie classique. Deux raisons, tout au moins, s'opposent à cette assimilation. L'âme cartésienne et la monade leibnitienne sont des substances ; or nous savons que ce ter me n'a de sens que dans la représentation et, même à ce point de vue, n'est intelligible, qu'à l'égard de la matière2. Le caractère intelligible, au contraire, se pose antérieurement à la genèse de la représentation qui ne saurait, dès lors, en fournir un équivalent pensable. D'autre part, la psychologie rationnelle s'accorde en général à définir l'âme par la pensée; or c'est là, justement, le rcpôxdv tyeîtèoç, l'erreur séculaire consacrée par Descartes, qui consiste à définir une substanêe, non par son essence, mais par un accident secondaire; erreur si tenace que ses défenseurs n'ont pas même été troublés par les inextricables difficultés qu'elle entraînait. Comment, par exemple, résoudra-t-on l'énigme troublante de la mort, si l'on définit l'âme par la pensée? Celle-ci disparaissant avec le cerveau, faut-il