Cf. Crit. de la philos. KanL, W., I, p
admettre que l'âme s'anéantit? Mais comment admettre l'anéantissement d'une substance affirmée comme une chose en soi1? La philosophie de la Volonté échappe à ces difficultés, parce qu'elle pose l'essence du sujet pensant sur un plan différent de celui de la représentation et définit l'individuation comme le simple phénomène de la suprême objectivation de la Volonté.
La seconde différence qui distingue l'homme de l'animal est, sans doute, moins radicale, car elle ne concerne que l'élément secondaire de la vie psychique, l'intellect. L'entendement humain et l'intellect animal ont en commun la conscience et la représentation, mais le premier y ajoute simplement le pouvoir d'abstraction, auquel, nous le savons déjà, se réduit la raison. L'addition, d'ailleurs, est d'importance : abstraire, c'est détacher l'universel du particulier et c'est, du même coup, affranchir l'être qui pense de la pression immédiate du besoin. Tandis que l'animal reste lié à l'intuition du moment, l'homme élabore une notion générale des risques propres à son organisme, et acquiert, par là même, une aptitude générale à les prévenir. Usait, au besoin, renoncer à une jouissance prochaine, parce que sa raison en prévoit les conséquences ; parfois, c'est sa vie tout entière qu'il ordonne en vue de fins très lointaines. Sa puissance sur les choses croit d'autant plus que, par la réflexion, il s'en détache davantage et nous verrons bientôt qu'en s'élevant à la connaissance la plus générale, qui est celle des Idées, l'homme parvient à cette forme suprême de l'aflranchissement et de la puissance, qui est l'abnégation de soi2.