‹ SchopenhauerChapitre 178 sur 266 · Monde, ibid., g 55, p · texte numérisé non relu

Monde, ibid., g 55, p

2. Sciielling, Philos. Unters. iib. d. Wesen der menschl. Freihcit; sammtl. Werke (1860), I™ série, t. VII, p. 385.

3. Ibid., p. 381-382. Lib., ch. v, W., III, p. 474-477; Mor., $ 10, ibid..

Que de fois, après une longue délibération, surgit une résolution que rien n'avait préparée! De quelles défaites ne sont pas capables les plus fermes caractères1 !

d. Le dualisme psychologique : intelligence et volonté .

De ces brèves indications se dégage une impression très nette : le trait essentiel de la psychologie de Schopenhauer est l'opposition constante qu'elle établit entre l'intelligence et la volonté. Cet antagonisme est d'autant plus frappant qu'il n'était point a priori nécessaire. Volkelt remarque avec finesse que, d'une métaphysique moniste et volontariste, on pouvait môme s'attendre à voir sortir une psychologie volontariste de l'intelligence2. Il en va tout autrement. C'est un véritable dualisme que Schopenhauer a prétendu instituer entre la volonté et l'intelligence, parce qu'il les a posées l'une et l'autre à deux plans différents du réel. Sans doute, la représentation est l'œuvre de la volonté et cette primauté de la volonté retentira dans l'élaboration de la connaissance; mais, dans son fond, l'intelligence est hétérogène à la volonté, comme la connaissance à l'action. La première envisage le monde comme un théâtre tout fait, où l'on voit bien les décors changer et les personnages se mouvoir, mais où l'on n'aperçoit rien des forces intimes qui suscitent ces mouvements, ni surtout de la puissance directrice qui a voulu le drame ; l'autre, au contraire, envisage le monde dans sa genèse ; ou plutôt elle est, avant toute connaissance, l'agent qui exécute et se

t. Mor., § 22, ibid., p. 245-248 ; cf. Monde, Supplém., ch.xvm, W., II, p. 228; ch. xix, p. 242; Parerga, I, ch. m, W., IV, p. 504-511. 2. Volkelt, op. cit., p. 204.

donne à lui-même la matière de son action. Le dualisme de la volonté et de l'entendement est donc irréductible, comme le dualisme du faire et du connaître, et, comme la première n'a créé l'autre que pour en faire l'instrument de son efficace, l'entendement est, par nature, condamné à demeurer l'intelligent mais humble serviteur de l'inintelligible volonté.

Cette subordination de l'entendement à la volonté a suggéré à Schopenbauer d'innombrables remarques du plus haut intérêt. Aucun sujet n'a plus heureusement mis en éveil sa merveilleuse sagacité d'observateur. Il y consacre, entre autres, le célèbre chapitre du Monde : du primat de la volonté dans la conscience de nous-mêmes, chapitre fort étendu, où l'on ne se lasse point d'admirer la pénétration du psychologue et la verve de l'écrivain1. Pareilles analyses ne se résument point, car elles ne comportent pas de moments successifs; ce sont plutôt de pénétrantes mais rapides intuitions, condensées parfois en une brève formule, ou simplement traduites en images : volonté et connaissance sont l'une à l'autre ce qu'est le corps lumineux au corps réfléchissant, ce qu'est la corde vibrante à la table d'harmonie ; — l'entendement cherche et délibère ; mais la volonté n'attend pas; elle crie : « à mon tour, maintenant! » — lentendement joue la musique, la volonté danse en mesure, etc.

Retenons seulement de ces analyses quelques observations typiques. L'entendement se fatigue; la volonté est infatigable. Des nourrissons, qui montrent à peine une lueur d'intelligence, débordent déjà de volonté ; ils veulent pour

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