Monde, ibid., p
SCHOPENH AUER .
l'autre. Ainsi le conflit doit s'accentuer à mesure que l'on remonte l'échelle des êtres. Aussi bien, n'est-ce pas ce que l'expérience démontre? A la base, les forces naturelles se disputent sourdement la matière, le temps et l'espace, qui sont, — la matière se définissant par la cause, — les formes les plus générales, les plus inertes de l'objectivation. Plus haut, c'est la lutte proprement dite qui commence, la dévoration de l'inférieur par le supérieur, car la matière nourrit la plante, et la plante l'animal, aliment de l'homme; enfin, au plus haut degré, la bataille s'élève à un si furieux paroxysme que l'homme, non content de dévorer bêtes et plantes, extermine son semblable; bien plus, dans son ardeur à désirer la vie, il arrive à ce point de folie de se tuer lui-même1. D'ailleurs, les formes inférieures du vouloir se défendent à leur façon et, parfois, prennent leur revanche; c'est ainsi que le bras tendu par l'effort musculaire finit par céder à l'action de la plus basse des forces, la pesanteur; le sommeil triomphe de l'activité la plus haute, celle du cerveau; la mort triomphe de la vie; la décomposition, de l'organisme. Ainsi, à tous les paliers où s'étagent les êtres, se révèle également « le divorce essentiel de la Volonté avec ellemême2 »;•« le vouloir-vivre ne cesse de se dévorer luimême » comme le serpent de la fable : Serpens, nisi serpentent comederit, non fit draco3.
On pressent l'appoint que pareille doctrine ne tardera pas à fournir au pessimisme de Schopenhauer. Par cela même qu'il est le dernier venu et le plus parfait des vi-