Ibid
l'objectivation de la volonté. 273
et externe, il s'efforce de donner à l'une et à l'autre une place dans son système. La première est la convenance réciproque des parties d'un organisme, accord si parfait que le tout semble être la fin des organes. Schopenhauer explique cette harmonie par l'identité foncière de la Volonté qui, à travers la variété de ses manifestations, subsiste dans l'unité absolue de son essence et qui, bien plus, nous le savons, est présente tout entière dans chacune de ses manifestations. Ce que nous appelons finalité n'est donc pas un ordre voulu entre les organes par un démiurge intelligent, mais la solidarité que l'entendement attribue à ces organes en raison de l'unité essentielle du vouloir- vivre dont ils sont également les outils; elle est, pourrait-on dire, le « phénomème » de cette unité, et n'a, partant, qu'une valeur empirique. C'est un point de vue de l'expérience, et non un caractère de la Volonté en soi1.
De façon analogue s'explique aussi la finalité externe. Celle-ci est l'ordre apparent de la nature, l'adaptation des êtres au milieu, grâce à laquelle, entre autres, se conservent les espèces vivantes. Ici, encore, l'unité de la Volonté assure une certaine continuité entre les degrés divers de son objectivation; c'est grâce à elle que le vivant, en s'intégrant des formes analogues à celles des êtres inférieurs, peut être considéré comme le terme supérieur vers lequel évoluent le minéral et le végétal. Aussi bien, l'ordre de succession des règnes naturels dans le temps ne concerne-t-il pas l'essence, mais le phénomène, de sorte qu'on peut, au point de vue métaphysique, intervertir à son gré l'ordre des termes et considérer le sol comme adapté à la
i. Monde, ibid., p. 217-221.
nourriture de l'animal, ou l'animal comme adapté aux ressources du sol1. En d'autres termes, le mécanisme, n'exprimant que l'aspect phénoménal des relations causales, peut être à volonté retourné en finalisme. Au delà, en dehors du temps, persiste une Volonté homogène, tout entière présente dans ses créations et leur imprimant, comme un cachet de provenance commune, une si uniforme tendance vers le plus être que, de leur conflit même, la vie et la pensée surgissent comme des fins obscurément poursuivies. Schopenhauer a été jusqu'à écrire : « Toutes les parties de la nature s'entr'aident 2 ». Une fois de plus, sa métaphysique rejoint celle d'Aristote. Sans doute, ce n'est là encore qu'un point de vue de l'entendement, une interprétation symbolique de l'activité volontaire, qui demeure, dans son essence, absurdité pure. Mais il est visible que le symbole finit par l'emporter en importance sur les conclusions logiques de la théorie du vouloir.
§ 7. — Les fissures du système.
Nous ne tenterons pas de nier la faiblesse ni l'inconsistance d'une doctrine où la lutte des forces naturelles se transforme en collaboration inopinée. Cependant, à y regarder de plus près, on se rend compte que l'incohérence existe moins entre les prémisses du système et les conclusions que dans les prémisses mêmes. En un sens, le finalisme était en germe au sein même de la théorie de la Volonté. Schopenhauer a maintes fois écrit que le miracle