CHAPITRE IX
LE PESSIMISME
§ 1 — Caractères généraux du pessimisme schopenhauérien.
Quand on étudie le pessimisme de Schopenhauer, on ne peut manquer d'être frappé de la disproportion des arguments sur lesquels il se fonde. Autant la preuve empirique abonde, multipliant à l'infini les variations sur le « mal de vivre », autant la preuve théorique est sommaire et sobrement employée. A première vue, cette remarque ne laisse pas d'étonner. Il semblait que le système tout entier fût orienté vers des conclusions pessimistes. Le premier livre du Monde s'achève sur l'affirmation mélancolique que vie et bonheur sont termes contradictoires1; chacune des thèses capitales du système, illusionnisme de la perception, absurdité foncière de la volonté, fait pressentir la condamnation de la vie. Et cependant, pour dresser son réquisitoire, Schopenhauer n'a pas tiré de ces formidables présomptions tout le parti qu'on en attendait.
A la réflexion, toutefois, l'étonnement s'atténue. Nous savons déjà quelle indifférence témoigne Schopenhauer à