Monde,l, g 58, W., I, p
LE PESSIMISME
le chapitre iv du premier volume des Parergax, et, en particulier, les pages excellentes sur la vanité de l'honneur chevaleresque et l'absurdité du duel.
Cependant, de toutes les fausses valeurs, il n'en est aucune qu'il ait dénoncée avec une ardeur aussi passionnée que l'amour sexuel. Qui n'a lu les trente pages de l'admirable chapitre sur la Métaphysique de l'Amour 2? Le titre seul est déjà un symptôme. En l'amour, Schopenhauer voit plus qu'une force physique ; il y reconnaît l'infatigable ouvrier d'une Volonté transcendante, le pourvoyeur de la vie, l'artisan de la douleur et du crime. Et voilà bien pourquoi il le hait. Sans doute il entre aussi dans cette haine, comme dans la rancune de Lucrèce3, le farouche ressentiment des troubles et des déceptions de la vingtième année 4; mais il y a plus : c'est un sentiment plus large, un haut désintéressement, un zèle d'apôtre, analogue à celui du sermonnaire chrétien flagellant la chair, celui-là même qui a dicté le Vœu de Sully Prudhomme; c'est la douleur de voir
« des vivants la multitude croître Sur ce monde mauvais de fléaux infesté5 ».
Cette compassion assure à Schopenhauer une place originale parmi les moralistes de l'amour. D'autres, tour à tour, ont exalté ou raillé la passion ; lui ne la raille ni ne l'exalte : il la plaint, car le mal d'aimer lui parait infiniment sérieux.