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Monde, I, § 56, W., I, p

LE PESSIMISME

pour le prévenir, parce que ce mal, comme son extrême contraire, la famine, peut pousser les hommes aux pires excès : panem et circenses, voilà ce qu'il faut au peuple1. » Est-ce donc, comme l'a cru Pascal, que l'homme ait besoin de « divertissement », pour écarter le souci importun de sa destinée? C'est pis encore, car le souci d'une destinée à remplir donnerait à la vie une raison d'être et un intérêt passionnant; or, tout au contraire, c'est parce qu'il n'est destiné à rien et que, cependant, il ne peut renoncer à agir, que l'homme s'ennuie ; c'est parce qu'il est condamné à vouloir sans trêve des fins indignes d'être voulues.

Ainsi toute la vie humaine oscille entre la torture du besoin et celle, pire encore, de la satiété. Mais il y a plus encore, et Schopenhauer refuse de tenir pour un bien positif le court répit que nous laisse la douleur. Seule la douleur est positive , car elle est, dans la conscience, la réaction immédiate de la volonté quand celle-ci se heurte à quelque entrave. Or nous savons déjà que, dans son aveugle effort pour se réaliser en objets, la Volonté est en lutte constante contre elle-même ; les forces naturelles se croisent, se heurtent, se détruisent, et l'homme, en qui se pressent toutes les forces de la nature, puisqu'il est à la fois matière, plante et animal, l'homme est le théâtre élu où se livrent les plus furieux combats, « un agrégat de mille besoins » et, par suite, la victime de mille tourments ; car, chez un sujet conscient, chacun de ces heurts se traduit en souffrance2. Donc la douleur est plus qu'un accident, c'est l'essence même de la vie : der dem Leben wesentliche Schmerz* ;

1. Monde, I, § 57, p. 406. Cf. Parerga, p. 376 sq. et NachL, Neue Parerga, N., IV, p. 331 sq.

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