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LE PESSIMISME
dessinée un peu plus nettement qu'elle n'apparait dans le Monde et dans les Parerga, où elle se dissimule parfois sous l'abondance des arguments d'expérience. Mais elle est partout présente, et c'est elle qui sert de support aux innombrables preuves que l'observation de la vie suggère au philosophe.
Faut-il maintenant résumer ces preuves? Ce serait enlever tout leur prix à des analyses qui valent surtout par la finesse du détail. Aussi bien Schopenhauer lui-même dissuade-t-il de dresser empiriquement le bilan du bien et du mal. « Au fond, dit-il, il est bien superflu de discuter si le bien ou le mal l'emporte dans le monde ; car la simple existence du mal suffit à trancher la question... Que des milliers d'hommes aient vécu dans le bonheur et la volupté, cela n'enlèverait rien aux angoisses ni au martyre d'un seul1. » Réflexion profonde, qui nous repose des fades théodicées ! 11 n'est que trop vrai que le scandale n'est pas la surabondance du mal, c'est son existence même, signe indélébile de l'imperfection de l'être. On n'est pas surpris de retrouver chez Schopenhauer cette conception stoïcienne, qu'un mal léger suffit à altérer l'absolue pureté du bien. Et cependant, il pousse dans le plus menu détail ce bilan du mal. Il s'offre à « promener l'optimiste le plus endurci à travers les hôpitaux, les lazarets, les salles d'opérations chirurgicales, les prisons, les chambres de torture, les étables à esclaves, les champs de bataille et les lieux d'exécution », pour lui montrer toute l'horreur « du meilleur des mondes possibles2 ». Se détourne-t-on de ces spectacles tragiques pour considérer la vie quoti-