‹ SchopenhauerChapitre 2 sur 266 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Il faut avouer que Schopenhauer est en partie responsable de cette ignorance; l'inspiration proprement philosophique s'est tarie de bonne heure chez lui et l'ouvrage populaire dans lequel il a consigné la pensée de sa vieillesse, se laisse détacher de ses postulats métaphysiques sans presque rien perdre de sa clarté ni de sa saveur. Or c'est ce même ouvrage, ce sont les Parer ga et Paralipomènes, qui ont assuré la réputation tardive de Schopenhauer; ce sont eux qui ont révélé Schopenhauer au grand public, et, par contre-coup, aux philosophes. Mais, en tirant l'œuvre de l'obscurité, ils ont éclipsé longtemps la doctrine fondamentale exposée dans les œuvres de jeunesse : l'essayiste a fait tort au philosophe.

Notre dessein est de présenter au public français un examen général de la philosophie de Schopenhauer, et, à cet effet, nous voudrions replacer l'œuvre à son véritable centre de perspective. Négligeant l'écrivain et l'essayiste, c'est le philosophe seul que nous chercherons à comprendre et à expliquer, et nous montrerons que ce philosophe a eu de bonne heure son siège fait. C'est pourquoi il nous arrivera de négliger entièrement tel chapitre célèbre des Parerga. En revanche, nous tirerons copieusement parti des manuscrits publiés par Grisebach, notamment des notes des années 1812 à 1820, contemporaines de la rédaction du Monde et de la préparation des conférences de Berlin. Nous y verrons la pensée de Schopenhauer, après de brèves oscillations, se fixer rapidement, et souvent les inédits nous fourniront de cette pensée une expression plus vive et plus claire que le texte imprimé.

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