Ibid
nature, tendre et sentimental (gemùthlichy . » En un mot, entre la jeunesse empoisonnée par les querelles domestiques et la longue solitude de l'âge mûr et de la vieillesse, les quatre années de Dresde apparaissent comme une étape heureuse.
C'est aussi, entre toutes, la période féconde. Ni les joies de l'art, ni les excursions dans la Suisse saxonne, ni les relations d'amitié ne détournent Schopenhauer de son but, qui est d'écrire et de fonder une philosophie nouvelle.
Tout d'abord il se consacre, suivant le conseil de Goethe, à la théorie des couleurs. Newton avait montré que la lumière blanche est composée des sept couleurs du prisme. Mais d'où provient la distinction de ces couleurs mêmes? Goethe 2, pour résoudre le problème, admettait que les couleurs sont des combinaisons de lumière et d'ombre, dont la différence provient de celle des milieux traversés3. C'était là une vue de poète plutôt que de savant : les expériences manquaient pour l'étayer. Schopenhauer ne tarda pas à en sentir la faiblesse, et ses propres recherches, les entretiens qu'il eut avec les savants de Dresde l'amenèrent à une opinion radicalement différente. Ce n'est pas dans les milieux externes, c'est dans les modes d'activité de la rétine qu'il aperçoit le principe de la différenciation des couleurs. Telle est la thèse qu'il développa dans son second ouvrage : La vision et les couleurs 4.
Le manuscrit fut prêt dès juillet 1815. Schopenhauer l'envoya aussitôt à Gœthe, en sollicitant son avis avant de