‹ SchopenhauerChapitre 202 sur 266 · Monde, Supplém., ch. xxxvm, W., II, p · texte numérisé non relu

Monde, Supplém., ch. xxxvm, W., II, p

LE PESSIMISME

du siècle, il ne se laisse pas aller à l'illusion que « les constitutions et les lois, les machines à vapeur et le télégraphe apportent rien d'essentiellement meilleur au bonheur terrestre1 ». Quelques mois avant de mourir, dans l'entretien que nous a rapporté Challemel-Lacour, Schopenhauer retrouvait une verve juvénile pour jeter une dernière fois l'anathème à l'optimisme bourgeois. « Le progrès, grondait le terrible vieillard, c'est là votre chimère; il est le rêve du dix-neuvième siècle, comme la résurrection des morts était celui du dixième ; chaque âge a le sien. Quand, épuisant vos greniers et ceux du passé, vous aurez porté plus haut encore votre entassement de sciences et de richesses, l'homme, en se mesurant à un pareil amas, en sera-t-il moins petit? Misérables parvenus, enrichis de ce que vous n'avez pas gagné, orgueilleux de ce qui ne vous appartient pas, mendiants insolents qui glanez le champ des premiers inventeurs et qui pillez leurs ruines, comparez, si vous l'osez, l'algèbre avec le langage, l'imprimerie avec l'écriture, votre science avec les plus simples calculs de ceux qui les premiers regardèrent le ciel, vos steamers avec la première barque à laquelle un audacieux mit une voile et un gouvernail... Pourquoi donc êtes-vous si arrogants? Je vois grandir la pyramide que vous n'avez pas commencée. et que vous n'achèverez pas : mais le dernier ouvrier qui s'assoira fièrement sur le faite sera-t-il plus grand que celui qui en a posé le premier bloc?... Ces histoires sont comme les drames de Gozzi : les motifs, les incidents changent dans chaque pièce et ne se reproduisent jamais, il est vrai; mais l'esprit de ces inci-

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