Monde, Suppl., ibid.f p
dents est invariable, la catastrophe prévue, les personnages toujours les mêmes. Voici, en dépit de toutes les expériences et de toutes les corrections, Pantalon toujours aussi lourd et aussi avare, Tartaglia toujours aussi fripon, Brighella toujours aussi lâche, Colombine toujours aussi perfide et aussi coquette1. »
On ne peut manquer d'être frappé du fanatisme sombre qui prête à ces paroles un si âpre accent. Challemel- Lacour n'en oublia jamais la glaciale impression. A la réflexion, cependant, c'est cet accent même qui jette la suspicion sur la théorie. Ce réquisitoire est trop passionné pour être juste. Si la misanthropie de Schopenhauer avive son observation, elle rétrécit le champ de sa vision.
Il n'entre pas, d'ailleurs, dans le cadre de ce livre d'entreprendre la critique du pessimisme schopenhauérien. Il nous sera cependant permis d'observer que ce pessimisme subit, de la part même de son défenseur, de sensibles atténuations. C'est ainsi que Schopenhauer ne conteste pas sérieusement le progrès intellectuel2; il sait que le savoir s'ajoute au savoir, que certaines vérités triomphent à la longue, et que le génie finit toujours par s'imposer. Lui-même, si aigri contre l'injustice de ses contemporains, a toujours escompté que son heure viendrait et que la postérité le vengerait des mépris du passé. D'autre part, sa théorie du plaisir négatif est en contradiction formelle avec son esthétique. Nous verrons bientôt qu'il a célébré en termes magnifiques les hautes, sereines et durables joies de la contemplation esthétique.