Ibid., I 88, p
sophie sont identiques « dans leurs racines », non dans leurs procédés ; ni l'un ni l'autre ne donne pleine satisfaction à la curiosité métaphysique. Mais ils peuvent s'associer, se pénétrer, « comme se soutiennent et se complètent la pensée et le langage 1 ».
S 2. — Le génie.
Quelle est donc la faculté commune qui, rapprochant l'artiste et le philosophe, les différencie du savant et de l'homme d'action ? Ce n'est autre que le génie, que Schopenhauer définit : « une aptitude prépondérante à la contemplation des Idées2 ». 11 nous faut insister sur cette théorie du génie, qui revient souvent sous la plume de Schopenhauer et dont il n'était pas médiocrement satisfait3, car il pensait avoir dépassé en profondeur ses devanciers, Diderot et même Jean-Paul, qu'il estimait fort. Le problème l'avait préoccupé de bonne heure. Dès 1812, à Berlin, il écrivait, en marge de notes prises au cours de Fichte, des réflexions abondantes sur la différence du génie et de la folie 4. Les cahiers des dix années suivantes reviennent constamment sur les caractéristiques du génie, et ce thème reparaîtra jusque dans les derniers manuscrits, dans les Seniliab. Dans l'œuvre même de Schopenhauer, deux chapitres du Monde, un long Supplément et
1. Supplêm., ch. xxxiv, W., II, p. 476. Cf. chap. xxxi, p. 450 ; et Monde, I, §36 W.,I, p. 251.