‹ SchopenhauerChapitre 209 sur 266 · Supplém., ch. xv, W.5 11, p · texte numérisé non relu

Supplém., ch. xv, W.5 11, p

moindre recoin de Notre-Dame, mais perdu, désemparé, dès qu'il se risque au dehors. Aussi le génie est-il impropre aux humbles tâches de l'érudition, car il ne prête attention qu'à ce qu'il y a dans les choses « de total, de grand, d'essentiel et d'universel1 ». Si l'on songe que ces lignes des Parerga ont paru en 1851, au moment où l'Allemagne s'enorgueillissait des travaux de Godefroy Hermann, de Ritschl, de Strauss, de Niehuhr et de tant d'autres, on sentira ce qu'il y avait, dans pareille déclaration, de hardi et d'injuste à la fois ; et l'on ne peut se défendre de penser que Schopenhauer eût été moins dur pour les érudits, et en particulier pour les savants d'universités, si la critique s'était montrée plus équitable à l'égard du génial auteur du Monde comme Volonté et comme Représentation, Même proscription à l'égard du génie politique ou militaire et, en général, de l'habileté pratique, le véritable génie n'ayant que faire de s'aventurer dans la lice où se débattent les intérêts. Toute sa mission est de contempler l'Idée, pour la traduire en symboles ou en concepts2.

Cette inaptitude à l'action utilitaire est significative; elle décèle au psychologue la caractéristique essentielle du génie, qui n'est autre qu'un excès anormal de l'intelligence sur la volonté. Nous savons que, chez l'homme normal, l'intellect n'est que le serviteur docile du vouloir et que le serviteur le cède en vigueur au maître; car il se lasse, a besoin de repos et se désintéresse de l'action dès que le vouloir-vivre a réalisé ses fins. Supposons, au contraire, chez un être d'exception, un développement tel

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