‹ SchopenhauerChapitre 210 sur 266 · Ibid., ch. m, g 50, p · texte numérisé non relu

Ibid., ch. m, g 50, p

l'art libérateur. — l'esthétique. 309

de l'intellect que celui-ci n'épuise point son activité au service du vouloir; la force d'excès dont l'entendement dispose alors se dépensera dans l'exercice désintéressé de la faculté de connaître ; abandonnant le point de vue du principe de raison suffisante, qui est celui de l'action, l'esprit exercera dans toute sa pureté sa fonction spéculative, envisagera les choses hors de toute relation empirique, apercevra le général dans le particulier, l'Idée sous le phénomène ; du même coup, en cessant d'être volonté de puissance, il se dégagera de la personnalité, qui est la plus haute manifestation du vouloir, anéantira ce qu'il y a en lui de subjectif, « pour devenir pur sujet connaissant, œil limpide de l'univers1 ».

Cette conception tout intellectuelle semble en contradic* tion manifeste avec la théorie classique, qui reconnaît dans l'imagination l'élément essentiel du génie. Cependant l'opposition n'est que partielle, et Schopenhauer a fort bien défini ce que le génie doit à l'imagination et ce qu'il n'en saurait attendre. L'imagination supplée à l'insuffisance d'une expérience toujours limitée ; elle « agrandit le cercle visuel du génie », en ajoutant à la perception d'objets, presque toujours défectueux, l'image des objets plus parfaits que la nature s'efforçait de réaliser et qu'elle aurait créés, si le conflit perpétuel des forces physiques n'avait entravé le développement spontané de chacune d'elles. Ainsi le sculpteur conçoit, par l'imagination, un « canon » de la beauté humaine, à la fois semblable et supérieur aux exemplaires que lui fournit l'expérience. Ainsi, — et combien cette vue est moderne et suggestive ! •—

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