‹ SchopenhauerChapitre 212 sur 266 · Monde, Supplém., loc. cit., p · texte numérisé non relu

Monde, Supplém., loc. cit., p

5. Nom. Paralip., ch. iv, g 121, N., IV, p. 105 et ch., vu, g 252, p. 167.

mission libératrice à remplir, celle de dissiper l'illusion des victimes de Maïa, d'ouvrir les yeux à l'apaisement de la contemplation, d'abolir la volonté de vivre? L'homme de génie « ne s'appartient pas; il appartient au monde, auquel il doit porter la lumière1 ». Il souffre, mais il fait « de sa douleur intime la matrice d'œuvres immortelles2 » ; véritable messie souffrant, toute sa vie n'est qu'un holocauste; car, en créant, il fait à autrui le sacrifice de sa propre pensée et de sa douleur, indifférent à la gloire, à la richesse, à la gratitude. Il est créancier de l'univers, et si grande est la dette de l'humanité à l'égard du génie, que celui-ci plane bien haut au-dessus des règles ordinaires du droit ; il a donné assez de lui-même pour être dispensé des obligations communes3. Et voici, enfin, un trait qui achève la physionomie romantique du génie : c'est l'inconscience, voire l'irrationalité de sa création. Un « instinct » le pousse, aussi irréfléchi que l'instinct sexuel, avec lequel il a déjà ce trait commun d'être un sacrifice de l'individu à l'espèce4; il est « inconscient », procède par « inspirations » soudaines, inexplicables. Allons plus loin, le génie confine à la folie. D'autres, à vrai dire, l'avaient supposé déjà; les anciens avaient toujours attribué l'ivresse poétique, ainsi que l'aliénation mentale, à l'inspiration de quelque Dieu. Point de poète, avait dit Platon dans le Phèdre, sans quelque fohe. Mais les Romantiques s'étaient approprié ce thème antique, si favorable à la liberté illimitée du rêve. Wieland,

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