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l'art libérateur. — l'esthétique. 313
dans la préface d'Obéron, célébrait la « charmante folie » du poète, et Novalis signalait, dans l'invention créatrice, une surexcitation maladive de l'imagination1. Schopenhauer est donc, lui aussi, un devancier de la théorie pathologique du génie ; mais, à la psychologie arbitraire et confuse des romantiques, il substitue une analyse des plus précises, suggérée par une observation personnelle des aliénés2. On ne peut, dit-il, refuser au fou ni l'entendement ni la raison ; car il perçoit et raisonne, en général, correctement sur ses perceptions; c'est sa mémoire surtout qui est en défaut, en ce sens qu'elle brise la cohérence des souvenirs et adapte arbitrairement le passé au présent : présent et passé perdent aux yeux du fou leur juste perspective. Or c'est là tout justement le point de contact entre la folie et le génie. Ce dernier perçoit le présent avec une particulière intensité, mais il le transpose spontanément hors du présent, dans l'éternel, et n'en saisit plus que les caractères essentiels et permanents ; et c'est bien là, en un sens, une sorte de délire. La ressemblance est si grande, même, qu'elle entraîne les mêmes inconvénients. L'homme de génie a souvent l'air d'un égaré ou d'un maniaque, et il n'est pas surprenant que le vulgaire s'y trompe. Comme le fou, il est passionné, irascible, incapable de ce sang-froid qui est la marque des volontés fortes bien plus que celle des grandes intelligences; comme le fou encore, il est inapte à l'action, incapable de s'attacher avec suite aux petits desseins de la vie utilitaire. S'il connaît à fond « l'homme », il peut fort mal connaître « les hommes », et devient un jouet facile entre les