‹ SchopenhauerChapitre 219 sur 266 · Monde, ibid., p · texte numérisé non relu

Monde, ibid., p

i. Ibid., p. 268-69.

plan de notre conscience du moment, et se sont, en quelque sorte, dépersonnalisées. A ce titre, elles peuvent même nous affecter agréablement. On s'explique enfin qu'il n'y ait guère entre les esprits de différenciation plus profonde que l'inégale capacité de sentir le beau. Il n'est donné qu'au petit nombre de se poser en face des choses comme un « miroir » impassible et limpide. Et, cependant, tout « proche » est l'asile inviolable où nous pourrions nous dérober à l'emprise du désir; il est ouvert à tous, en toutes circonstances. « Peu importe, écrit avec force Schopenhauer, qu'on soit dans une prison ou dans un palais pour contempler un coucher de soleil. » Mais on n'entre au sanctuaire qu'après s'être purifié de la faute d'aimer la vie, et la plupart ne sont capables d'en franchir le seuil que si le génie, qui a fait pour tous le sacrifice du vouloir, les y conduit par la main1.

Analysons maintenant l'élément objectif du plaisir esthétique; il correspond, on le pressent, à l'élément subjectif et il est arrivé plus d'une fois à Schopenhauer de les confondre. « Le beau, dit-il, est la propriété d'un objet de faciliter la connaissance de son Idée 2. » En un sens, puisque tout objet est l'expression d'une idée, et toute Idée l'objectivation d'une même Volonté, « toute chose est belle ». Il n'y a rien de vil dans la maison de Zeus, disaient déjà les Stoïciens. Un simple rocher peut exprimer les forces profondes, pesanteur, résistance, qui s'agitent sourdement dans sa masse. Le plus banal paysage traduit en symboles concrets la constance et la simplicité des lois de la nature. C'est là une justification nouvelle,

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