‹ SchopenhauerChapitre 220 sur 266 · Ibid.,§ 40, p · texte numérisé non relu

Ibid.,§ 40, p

l'art libérateur. — l'esthétique. 321

objective cette fois, de Fart hollandais, qui a pénétré, jusque dans son mystère intime, la beauté des plus humbles tavernes1. Toutefois, même au contemplateur désintéressé, cette universelle beauté est loin d'apparaître également manifeste. Le vêtement sensible jeté sur l'Idée est plus ou moins transparent. Parfois l'arrangement très clair et très significatif des parties nous permet de saisir, dans toute sa pureté, « l'idée du genre » sous l'apparence individuelle ; tel animal apparaît ainsi comme le type de son espèce, tandis qu'un avorton en est comme la caricature. D'autres fois, l'idée exprimée par l'individu appartient elle-même à un degré si élevé de l'objectivité qu'elle y transparaît dans la moindre de ses manifestations. C'est pourquoi la beauté humaine dépasse toute autre beauté2.

Lors même, d'ailleurs, qu'ils ne révèlent pas directement leur Idée, certains objets ne laissent pas de nous procurer une émotion esthétique, par cela seul qu'ils éveillent en nous une disposition contemplative. Pourquoi, par exemple, la lumière est-elle, de toutes les qualités sensibles, celle qui porte en elle le plus éminent caractère de beauté? C'est qu'elle est la seule qui, par elle-même, ne nous affecte ni de plaisir ni de peine. Un son peut être désagréable ou agréable en lui-même ; les sensations tactiles sont rarement neutres, celles du goût et de l'odorat ne le sont jamais. C'est que ces sens, instruments nécessaires de la défense et de l'action, sont en relation directe avec notre volonté. Au contraire, la perception de la couleur, abstraction faite des qualités sous-jacentes dont elle est pour

1. Monde, I, §41, p. 281-282, et Supplém., ch. xxxm, W., II, p. 473-475.

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