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SCHOPENHA.UER. 21
nous le signe menaçant ou flatteur, n'émeut point notre vouloir; elle est ainsi, — les mots mêmes ne le prouvent-ils pas? — la forme sensible la plus parfaite de l'intuition1. Toute contemplation est vision. De là vient que les jeux de la lumière nous plongent dans une sorte d'extase, et cela d'autant plus que cette lumière est plus immatérielle, quand elle est, par exemple, transparente elle-même, ou quand, se jouant sur la surface de l'eau ou des nuages, elle n'est plus qu'un reflet irréel, objet de pure intuition. Elle prête aux choses qu'elle enveloppe le prestige de sa propre beauté; c'est pourquoi l'homme salue en elle « le plus précieux joyau de la couronne de la beauté », et en a fait, sous le nom d'Ormuzd ou d'Apollon, le symbole de tout ce qui est bon et salutaire. Encore la chaude lumière du soleil ne nous inspire-t-elle pas une admiration sans trouble ; source débordante de vie, c'est elle qui nous réveille chaque jour à l'action; « on n'ose regarder en face ce bienfaiteur infini2 ». La lune, au contraire, « éternellement étrangère à l'agitation terrestre, passe et voit tout sans prendre part à rien ». 8a chaste clarté assoupit le vouloir et ravit l'homme dans une extase sans désir. Aussi est-elle la discrète consolatrice, « l'amie du cœur », que tous les poètes ont célébrée3.
Nous voyons ainsi se dessiner peu à peu la parenté des sentiments esthétiques et moraux. L'admiration, comme l'effort moral, constitue une défaite de l'égoïsme; toutefois, ce triomphe n'est pas toujours acquis sans lutte; le vouloir-vivre se défend, et sa résistance introduit une dis-