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Ibid., § 39 en entier et § 41 au début

3. Il est malaisé de traduire exactement l'expression allemande das Reizende; mot à mot : l'excitant.

au niveau du piquant quand il flatte la volonté, en lui offrant ce qui est propre à la satisfaire : les natures mortes, véritable trompe-l'œil qui aiguise l'appétit du gourmet, le déshabillé, qui ne vêt certaines parties du corps que pour exciter la lubricité du spectateur, appartiennent à ce genre de beauté dégénérée. Le nu, au contraire, est beau lorsqu'il est chaste et ne suggère rien de plus, dans sa sincérité, que l'Idée du type humain, le plus achevé de tous les types vivants *.

§ 4. — Le beau dans l'art.

A ces traits sommaires se réduit, chez notre philosophe, la théorie de la beauté naturelle. Schopenhauer a beaucoup plus largement développé la théorie du beau dans l'art. Cependant nous n'y insisterons guère, car, nous l'avons dit déjà, Schopenhauer a vu dans l'art beaucoup moins l'invention créatrice que la révélation de la beauté objective, invisible et présente sous les voiles de l'expérience. Aussi sa théorie de l'art n'ajoute-t-elle rien d'essentiel à sa théorie du beau; très riche en aperçus ingénieux sur la signification de l'œuvre d'art, elle ne nous instruira guère sur la psychologie de l'artiste.

Schopenhauer adopte, pour étudier les différents arts, l'ordre de croissante objectivité. En esthétique pure, cette classification présenterait de grands inconvénients, car elle intercale le groupe des arts plastiques entre les deux arts de pure invention, l'architecture et la musique; mais elle est conforme à l'esprit général du système; c'est une raison suffisante pour l'adopter.

i. Monde, I, g 40.

l'art libérateur. — l'esthétique. 325

a, L 1 Architecture,

Si l'on considère l'architecture comme un art pur, c'està-dire si l'on fait abstraction de la destination utilitaire des édifices, et si l'on néglige les ornements que la sculpture y ajoute, il reste qu'elle produit l'impression du beau sans reproduire aucun objet, par la simple disposition des matériaux qu'elle emploie. Il en résulte qu'elle n'a d'autre mission que de faciliter l'intuition des Idées exprimées par ces matériaux. Or ces matériaux sont inertes; granit, brique ou marbre ne manifestent rien de plus que les qualités communes de la matière, c'est-à-dire de la moins objective des créations de la Volonté. C'est donc à l'architecture que revient le premier rang dans la classification progressive des arts ; elle est le moins expressif, le moins objectif de tous.

Nous savons cependant qu'au sein de la matière inerte de sourdes batailles se livrent entre les forces naturelles. Ce sont justement ces conflits cachés que l'architecture exprime de façon saisissante : chaque pierre d'une voûte teud vers le sol en vertu de sa pesanteur; mais elle est maintenue grâce à sa propre dureté et à la résistance de ses voisines; ainsi, par un détour ingénieux, l'architecte contient les forces indestructibles de la nature et les empêche de produire leur eflet naturel; il transforme la lutte en équilibre. Et plus haute est la voûte, plus large la portée, plus aussi nous émeut la vision de ce drame muet dont les forces naturelles sont les acteurs. La forme et l'emplacement de toutes les parties de l'édifice, colonne, entablement, arc, frise, prennent à nos yeux un sens défini en

vertu de leur fonction dans l'ensemble. La nature même des matériaux entre en ligne dans l'émotion esthétique; nous savons, par exemple, que le bois ne prête pas aux mêmes difficultés d'équilibre et de cohésion que la pierre

Ainsi définie, la beauté architecturale réside moins dans la forme de l'édifice que dans la force intérieure que cette forme exprime ; elle est d'ordre « dynamique » plutôt que « mathématique » . Aussi Schopenhauer n'attache-t-il qu'une importance secondaire à la symétrie et à la régularité. Il est singulier, dès lors, qu'il ait jugé avec tant de sévérité et d'étroitesse l'architecture du moyen âge. Ce n'est pas qu'il n'ait aperçu avec finesse la différence essentielle du gothique et de l'art antique. Celui-ci, explique-t-il, a exprimé avec simplicité le conflit de la rigidité et de la pesanteur ; il a résolu ce conflit en équilibre ; l'architecte gothique, au contraire, rompt cet équilibre et exalte le « triomphe » de la rigidité; il supprime la ligne horizontale, qui est celle de la charge, dissimule la pesanteur dans les arcs et les voûtes et multiplie les verticales, c'est-à-dire les lignes de soutien. Cette analyse est singulièrement perspicace et l'on ne peut refuser à Schopenhauer l'intelligence des conditions mécaniques de l'art gothique. Mais il ne comprend cette architecture que pour en condamner plus sévèrement la « barbarie », au nom d'un idéal d'équilibre et de raison. Ainsi se confirme ce que nous disions à propos du génie : l'esthétique de Schopenhauer est classique plus encore que romantique. Il l'a proclamé en termes catégoriques : « Dans toutes ces considérations architecturales, je n'ai en vue

i. Monde, l, \ 43, et Suppléai., ch. xxxv.

l'art libérateur. — l'esthétique. 327

que le style antique ». Cet art, ajoute-t-il, a atteint dès la bonne époque grecque son absolue perfection; et il déconseille nettement à l'architecte moderne de s'écarter de la tradition classique1. Hélas! les architectes allemands du dix-neuvième siècle n'ont que trop suivi cet avis désastreux, en multipliant, sous les brumes du ciel germanique, les walhallas doriques et les propylées en plâtre peint2!

b. Les arts plastiques.

Avec le paysage, qui associe la beauté végétale à celle du monde inanimé, et la peinture d'animaux, l'art s'empare de la vie. Schopenhauer n'insiste guère sur ces deux genres, et l'on ne peut qu'être surpris de l'insignifiance des observations qu'il y consacre. Nous savons pourtant qu'il aimait les bêtes et les plantes, et s'extasiait devant la beauté des grands sites; mais peut-être, justement, a-t-il trop aimé dans la nature le grandiose et le compliqué : « Pour qu'un paysage soit beau, écrit-il, il faut principalement qu'il renferme une grande diversité d'objets naturels et que ceux-ci se distinguent nettement, se détachent clairement, et, cependant, se présentent dans une cohérence et une alternance convenables 3 » .

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