‹ SchopenhauerChapitre 226 sur 266 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

l'art libérateur. — l'esthétique. 331

arts plastiques à exprimerl'idéal et le général. La sculpture seule y excelle. Son objet propre est d'exprimer la Volonté en général sous sa forme spatiale, qui est la beauté pure, et sous sa forme temporelle et mobile, qui est la grâce. C'est pourquoi elle s'attache avec prédilection à la représentation du nu1. A la peinture, au contraire, revient la représentation du caractère ; car elle peut, grâce à la couleur et à la perspective, situer ses sujets dans un cadre défini, préciser la nature, la date ou le lieu des événements ; c'est pourquoi elle prend volontiers sa matière dans l'histoire, ou même dans les scènes de la vie quotidienne. Gardonsnous toutefois d'exagérer la portée de ces distinctions. A la peinture d'histoire et à la peinture de genre, comme à la sculpture, Schopenhauer demande de ne chercher dans le particulier que l'occasion de peindre le général. Dans tout tableau, il distingue la signification extérieure, c'est-à-dire le sujet, et la signification intérieure, qui consiste dans « la profondeur des vues que l'œuvre nous ouvre sur l'Idée de l'humanité' », et il sacrifie nettement la première à la seconde : « Seule, la signification intérieure a une valeur en art2 ». Si donc il a rendu à l'école hollandaise un hommage délicat, ce n'est pas par goût pour le réalisme, mais parce qu'il a senti passer, dans le clair-obscur de ces « intérieurs », un souffle de large humanité. En somme, nul souci du pittoresque ni de la couleur locale ; et peu s'en faut qu'il n'admette que tous les sujets se valent, pour peu qu'on retrouve, sous le manteau du drapier hollandais et sous la tunique du paysan italien, l'homme de tous lestempsetdetous les lieux3.

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