Voirtoutle § 58 ; et Supplétn., ch. xxxvi
Ces conceptions rappellent de trop près celles de Winckelmann pour qu'on se dispense ici de signaler au moins un rapprochement qui s'impose. Comment donc se fait-il que Schopenhauer ait si vivement reproché à Winckelmann d'avoir prôné l'allégorie, qui semble bien être par excellence l'expression plastique du général? Sans doute l'objection formulée par notre philosophe contre l'allégorie ne laisse pas d'être spécieuse ; celle-ci, remarque-t-il, représente non l'Idée, objet d'intuition générale, mais le concept, péniblement extrait de l'expérience par la raison. En un mot, l'allégorie prétend exprimer, par des figures, des pensées logiques que le langage seul est apte à traduire1. Mais il est bien évident que cette distinction théorique est trop subtile pour servir de critérium à l'artiste; rien, en fait, n'est plus voisin de l'allégorie que la peinture du général. On trouve de ce voisinage une piquante confirmation dans un exemple choisi par Schopenhauer lui-même. Ce qui fait, dit-il, l'intérêt d'un « Moïse sauvé des eaux », ce n'est pas le fait historique lui-même, c'est ce thème général : un enfant abandonné sur un berceau flottant et sauvé par une femme de haute naissance. Or faites un pas de plus vers l'abstraction ; changez le titre seul du tableau, appelezle : l'Innocence sauvée par la Bienfaisance : vous voici en pleine allégorie!
c. La poésie.
Aussi bien, Schopenhauer se hâte-t-il de recommander au poète l'emploi de l'allégorie qu'il déconseille au peintre.