‹ SchopenhauerChapitre 229 sur 266 · Monde, I, g 50 et 51, p · texte numérisé non relu

Monde, I, g 50 et 51, p

essence, dans les passions et les actes où s'affirme sa volonté. Elle est ainsi le plus véridique des arts et aussi des genres littéraires ; plus véridique même que l'histoire ; car celle-ci prend les hommes « comme elle les trouve ». L'historien est tenu d'accepter les faits, situations, mœurs, caractères, dans leur contingence et leur particularité ; il raconte plus qu'il n'explique ; et, lors même qu'il explique, c'est entre les événements particuliers qu'il cherche à reconnaître un lien de cause à effet ; il lui est interdit d'envisager l'humanité au delà des hommes, ou, s'il le fait, comme l'ont tenté quelques historiens anciens quand ils ont prêté à leurs héros des discours imaginaires ou simplement vraisemblables, c'est qu'il ose faire œuvre de poète entre deux pages d'histoire. « Si hardi que soit ce paradoxe, la poésie enferme beaucoup plus de vérité intrinsèque, réelle et intime que l'histoire1. »

Cette objectivité de la poésie offre à l'esthéticien un point de vue commode pour en distinguer les différents genres. On peut, en effet, classer ceux-ci dans un ordre croissant d'objectivité. La poésie lyrique, à laquelle Schopenhauer rattache le Lied, est sans doute la plus subjective de toutes, puisque « le poète y décrit ses propres états, dont il a une vive intuition2 », et c'est, par là même, le plus facile de tous les genres; car point n'est besoin d'être poète pour voir clair en soi-même à certaines heures d'émotion profonde, et pour traduire cette intuition en vives images. De là tant de Lieder populaires, tant de romances d'amour anonymes, inspirations soudaines et sans lendemain d'auteurs inconnus. Mais qu'un homme de génie fasse au public la

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