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l'art libérateur. — l'esthétique. 339
ligence de certains spectacles et de certaines vérités1. Mais Schopenhauer a été beaucoup plus loin. Non content de prêter à la musique une portée métaphysique, il a risqué l'esquisse d'une sorte d'univers sonore, qui lui semble T (( analogue » de l'univers des Idées. La basse fondamentale, avec ses notes graves, y représente la matière inorganique; les notes supérieures correspondent aux végétaux et aux animaux; les intervalles fixes de la gamme équivalent à la division rigoureuse des vivants en espèces ; enfin la mélodie, dont le mouvement, à la fois libre et régulier, trahit l'influence d'une finalité intérieure, n'est autre que la Volonté dans sa plus haute objectivation, qui est la pensée réfléchie. Schopenhauer prolonge en tout sérieux cet étrange parallélisme ; aux modes, aux changements de tonalité, aux dissonances, il n'hésite pas à attribuer la valeur de symboles cosmiques. Parfois même le rapport d'analogie qu'il signale entre la création du monde par la Volonté et l'invention musicale semble bien près de se convertir en rapport d'identité. « On pourrait aussi bien appeler le monde une incarnation de la musique qu'une incarnation de la Volonté2. »
Il est permis, sans doute, d'attacher peu d'importance à cette renaissance imprévue du pythagorisme et peutêtre même l'aurions-nous passée sous silence s'il ne s'était trouvé un musicien de race, le plus grand peut-être, pour donner à l'esthétique musicale de Schopenhauer la consécration de son enthousiasme. En décembre 1854, Richard Wagner adressait à Schopenhauer le livret de l'Anneau du Nibelung, avec cette dédicace : « hommage de vé-