‹ SchopenhauerChapitre 233 sur 266 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

nération et de gratitude1 ». A cet envoi se bornèrent les relations personnelles du poète et du musicien. Mais Wagner ne cessait de relire le Monde 2 ; il y trouvait un bréviaire consolateur. De Paris, au milieu des déboires causés par la représentation de Tannhàuser, il écrit à Mathilde Wesendonk : « Il me reste un ami, qui me devient chaque jour plus cher, mon vieux Schopenhauer, d'apparence si maussade, et cependant si plein de profond amour3 ». Enfin, en 1870, dans les pages écrites à l'occasion du centenaire de Beethoven, il louait Schopenhauer d'avoir reconnu à la musique le privilège exclusif d'exprimer l'essence même du monde4. Il semblait, cependant, que bien des divergences dussent séparer le philosophe et le disciple. Schopenhauer, qui ne semble pas avoir entendu une note de Wagner, témoigne peu de goût pour la musique de son temps; celle-ci lui parait sacrifier la mélodie à la symphonie, c'est-à-dire le « rôti » à la « sauce5 » ; il demeure,quant à lui, un mélodiste de la vieille école et, s'il a consacré, en passant, quelques lignes admiratives aux symphonies de Beethoven0, il affirme à plus d'une reprise sa prédilection pour Mozart et « le grand Rossini 7 » . D'autre part, il manifeste une franche aversion pour l'opéra, auquel il reproche d'asservir la musique à de méchante poésie, c'est-à-dire aux concepts et aux mots, et de méconnaître

1. Lettre de Schopenhauer à Frauenstaedt, du 30 déc. 1854 (Briefe, éd. Grisebach, p. 285).

2. An Mathilde Wesendonk, 14e éd., Berlin, 1904 (Lettre de Venise, 1er déc. 1858, p. 79 sq).

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