‹ SchopenhauerChapitre 239 sur 266 · Mor., §.13, W., III, p · texte numérisé non relu

Mor., §.13, W., III, p

a. L'égoïsme.

La source de ces mobiles n'est autre que l'égoïsme ; mais qu'on n'entende pas simplement sous ce terme, affaibli par l'usage, l'attachement naturel de l'homme à son plaisir, à son intérêt, à tout ce qui flatte sa vanité : « L'égoïsme est gigantesque : il déborde le monde », il est l'amour même de l'être, « der Drang zum sein » *, tel qu'il résulte de la nature intime, métaphysique de l'individu. Car l'individu, c'est le sujet connaissant, c'est-à-dire un pouvoir de perception qui peut se considérer comme unique, en ce sens que l'univers entier, y compris les autres sujets, lui apparaît comme sa propre représentation. Que sa conscience disparaisse, et le monde s'évanouira; il se saisit ainsi lui-même comme « la condition du monde » ; le « macrocosme » s'affirme comme « l'équivalent du microcosme 2 ». Sans doute c'est là le point de vue illusoire de la représentation; mais comment éviter que cette illusion s'étende à la conscience que l'individu prend de lui-même comme volonté, c'est-à-dire comme sujet de la moralité? Parce qu'il est le centre d'une représentation unique des choses, le sujet, quand il se saisit comme volonté, c'est-à-dire quand il prend conscience de l'action de son corps sur la représentation, est naturellement amené à penser et à agir comme s'il était aussi le centre d'une volonté unique. Suivant la forte expression du philosophe, « chacun attend sa mort

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