‹ SchopenhauerChapitre 240 sur 266 · Monde, § 61, W., I, p · texte numérisé non relu

Monde, § 61, W., I, p

LA MORALE

comme la fin du monde 1 ». Aussi, épouvanté à l'idée du néant, il s'attache à ce moude des objets qui lui parait le garant de sa propre réalité; il veut le saisir d'une prise plus tenace, le conquérir, le dominer. C'est pourquoi il assigne à sa volonté individuelle une sphère d'action égale à celle de sa représentation; et, comme il sent tout entière en lui l'indivisible Volonté, il croit être en effet toute la Volonté, ou, comme le dira bientôt Stirner , « l'Unique » connaissant et voulant.

Or, nous le savons déjà, c'est là illusion pure; en s'objectivant, la Volonté a subi la loi formelle de toute représentation objective, celle de l'espace et du temps, ou, en termes équivalents, celle de l'individuation. L'individu, sans doute, est situé à un point de vue unique et exclusif de l'espace et de la durée, et, de ce point de vue, l'égoïsme est explicable ; mais une infinité d'autres points de vue analogues sont possibles et nous avons vu pour quelles raisons Schopenhauer admet que la Volonté a multiplié à l'infini les types individuels où se réalise sa plus parfaite objectivation. Ainsi quantité d'êtres existent, qui ne sont donnés au sujet que comme des fragments de représentation, êtres aussi réels que lui, puisque en eux s'objective aussi tout entière la Volonté unique; et c'est le sujet, maintenant, qui n'est plus pour les autres sujets qu'une représentation, c'est-à-dire une simple apparence, mais apparence désirable ou redoutable, que l'égoïsme d'autrui voudra maîtriser comme lui-même veut maîtriser autrui. Ainsi la multiplicité des points de vue de la représentation où s'objective le vouloir a pour conséquence immédiate le conflit

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