‹ SchopenhauerChapitre 241 sur 266 · Monde, ibid., p · texte numérisé non relu

Monde, ibid., p

nécessaire des volontés individuelles. Ne savions-nous pas, au reste, que les objectivât ions de la volonté entrent en conflit nécessaire les unes contre les autres? Nous trouvons maintenant la formidable illustration de cette loi dans la « guerre de tous contre tous » 1 ; seulement, l'égoïsme n'est plus ici, comme chez Hobbes, un simple trait de caractère que le psychologue démêle dans la nature humaine; le métaphysicien y reconnaît « l'expression effroyable du conflit intime de la volonté avec ellemême 2 ».

Il est aisé, dès lors, de définir l'injustice : elle apparaît dès qu'une volonté individuelle dépasse sa sphère propre, qui est « l'affirmation de son corps », et fait irruption dans la sphère où s'affirme la volonté d'autrui, c'est-à-dire menace, blesse ou détruit un autre vivant. Toute violence physique, assassinat, blessure, esclavage, est donc injuste; mais aucune ne porte ce caractère au même degré que le cannibalisme, « effroyable image du plus grand conflit de la liberté avec elle-même3». A un moindre degré, le meurtre des animaux, même ou surtout quand il a l'aliment pour fin, manifeste le même acharnement du vouloir-vivre à dévorer ses propres créations.

A ces formes brutales et directes de la violence, il convient de joindre toutes les atteintes, souvent détournées ou même secrètes, qu'une volonté peut faire subir à l'exercice d'une autre. Le vol est injuste parce qu'il soustrait à une volonté un instrument d'action que celle-ci s'est donné; car la propriété a pour fondement, non pas l'occupation

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