Monde, ibid., p
LA MORALE
réciproque du devoir et, dans la société, un moyen d'assurer l'exercice de ce droit. Hegel, surtout, avait salué l'État comme un instrument tout-puissant de moralité individuelle, un éducateur autoritaire de vertus rationnelles. La hardiesse n'était pas médiocre, en 1818, de remonter, par delà Fichte et Spinoza, jusqu'à Hobbes, et de réduire l'État à la fonction toute négative d'organiser la résistance à l'injustice. « C'est de l'égoïsme que naît l'État1 », d'un égoïsme simplement tempéré par la raison. Car la raison est un attribut commun aux sujets que l'intérêt dresse l'un contre l'autre en conflit permanent. Or le propre de la raison est de s'élever du particulier au général; grâce à elle, le sujet ne tarde pas à apercevoir l'origine commune des douleurs qu'inflige aux individus l'antagonisme des appétits; il se rend compte qu'à tout prendre il a moins de chance de réussir à empiéter sur la volonté de ses semblables que de subir leurs empiétements sur la sienne, de sorte que le meilleur moyen de réduire au minimum les souffrances communes est encore que chacun renonce au plaisir incertain que peut procurer l'injustice commise. De ce calcul est né le « contrat d'État » et, du même coup, le droit positif, dont la fonction toute négative se réduit à limiter l'injustice. L'État n'a donc que faire de s'occuper de fins positives ; ni l'assistance, ni l'instruction, ni l'édification morale ne sont de son ressort; s'il punit, il n'a cure de proportionner le châtiment à l'intention : il se borne à prévenir le crime par la terreur2.
« Neminem lœde! ne fais tort à personne », telle est donc