‹ SchopenhauerChapitre 244 sur 266 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

SCHOPENHALER.

la maxime à laquelle peut se réduire la morale de la justice; — morale sommaire, et cependant complète, en ce sens qu'elle a son principe propre et suffit, sans intervention d'aucun autre principe, à assurer la paix sociale et à introduire une discipline dans la vie individuelle. Cette morale suffit même à brider la « méchanceté », qui n'est autre que l'exaspération du penchant naturel de l'homme à affirmer sa volonté sans égards pour celle d'autrui1. Sans doute elle ne suscitera ni des héros ni des saints, mais elle suffira à former des citoyens probes et pacifiques.

c. Critique des notions morales.

Objectera- t-on que le nom de morale ne saurait convenir à une doctrine qui se dispense d'établir aucune distinction entre les notions morales de bien et de mal? Schopenhauer s'alarmerait si peu de cette critique, qu'il s'évertue à démontrer le caractère relatif et dérivé de ces notions, et, par suite, leur inefficacité morale. Comment concevoir, en effet, le Bien absolu, que les métaphysiciens proposent à l'effort de l'agent moral? Un objet n'est pas bon en luimême, mais pour autant qu'il satisfait une tendance de la volonté. On dira donc d'un acte qu'il est bon, comme on le dit d'un outil, d'un chemin, d'un aliment, s'il réalise une fin recherchée par le vouloir; et cette fin, à son tour, ne sera bonne que par rapport à la volonté qui y tend. Ainsi, « tout bien est essentiellement relatif..., un bien absolu est une contradiction2 ». Kant n'a pas été plus heureux quand il a tenté de transférer ce caractère absolu à la loi

1. Monde, \ 66, p. 475-476. Cf., sur la méchanceté, le g 65, p. 466 sq.

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