Ibid., I 65, p
LA MORALE
qui commande l'acte; car, si l'on considère la volonté dans ses déterminations particulières, elle ne connaît d'autre loi que celle de la motivation, c'est-à-dire de la causalité, et cette loi, à l'encontre de l'impératif catégorique, qui est une loi de liberté, lie avec une parfaite rigueur les actes aux motifs1. Considère-t-on, au contraire, la volonté pure? Celle-ci, sans doute, est liberté absolue; mais, pour cette raison même, elle est antérieure à toute détermination et, puisque aussi bien elle est source de toute réalité, elle ne saurait recevoir de rien qui lui soit extérieur une « destination ». « Il n'y a pas de devoir absolu pour la volonté : tout devoir est essentiellement. relatif2 », comme le bien. L'impératif est donc une notion bâtarde, car il n'est intelligible ni du point de vue de la nécessité ni de celui de la liberté.
D'une manière plus générale encore, les morales traditionnelles échouent par cela même qu'elles prétendent à être démonstratives. Elles « déduisent » les devoirs, proposent à l'intention des « motifs » et formulent des « lois » sous forme de maximes abstraites. Or motifs et abstractions appartiennent à l'ordre de la représentation, non à celui de l'action. Les motifs peuvent modifier la direction extérieure des actes, c'est-à-dire le déploiement de la volonté sous forme d'espace et de temps, mais ils laissent intacte la volonté dans son fond intime. Velle non discitur, seplait à répéter Schopenhauer, et Socrate s'est lourdement trompé quand il a cru que la vertu pouvait s'enseigner à l'école des philosophes3.
1. Mor., I 4, W., III, p. 501. Pour la critique de la morale kantienne, voir également : Critiq. de la philos. Kant., W., I, p. 653-668.