Ibid., I 71, p
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tique, d'inspiration pins platonicienne que bouddhique, qui semble entr'ouvrir l'espérance d'une sorte de retour de l'âme, délivrée de la « caverne » ombreuse, à la clarté radieuse de l'être en soi. Ailleurs, distinguant le « néant relatif» du « néant absolu », l'auteur insinue que le Nirvana n'est un néant qu'à l'égard du monde de la représentation dont il est la négation, et que notre impuissance à le décrire peut ne tenir qu'à la limitation naturelle de nos facultés *, Bref, la théorie du Nirvâna est restée indécise chez Schopenhauer ; peut-être même le philosophe ne l'a-t-il retenue que par piété pour ses grands modèles orientaux ; c'est une pièce de style , qui figure en bonne place dans le Monde, mais ne paraîtra même plus dans la Morale. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher le sens véritable de la suppression du vouloir.
S'il n'y a pas lieu d'envisager le suicide de la Volonté universelle, a fortiori ne saurait-il être question de suicide individuel. En des pages singulièrement fortes, Schopenhauer a montré que l'homme qui se tue, parce qu'il se croit désabusé des « illusions » de la vie, est, plus qu'aucun autre, victime de cette illusion; car son désespoir même est un aveu du prix qu'il attache à la vie et à la joie. « Celui qui se donne la mort voudrait vivre »; en croyant détruire en lui le vouloir- vivre, il en donne l'affirmation la plus passionnée. Ainsi « le suicide est le chefd'œuvre de Maïa », car le suicidé croit détruire une chose en soi, alors qu'il n'en détrait que le phénomène 2.
1. Supplém., ch. XLvm, W., II, p. 720 ; cf. ibid., ch. xliv, p. 659.
2. Monde, l 69, p. 510-553. On pourrait ajouter que le suicidé est appelé à revivre une nouvelle existence individuelle. Mais nous croyons devoir laisser complètement de côté la théorie de la métempsycose, qui est Tune des
b. L'abdication du vouloir.
Une voie unique reste ouverte au salut : la négation du vouloir-vivre dans les limites de la vie phénoménale. Cette voie, on s'en souvient, Schopenhauer en a tracé déjà les premières étapes, quand il a distingué la connaissance pure de la connaissance utilitaire. Il nous a montré l'entendement, à l'origine simple instrument du vouloir-vivre, capable de s'affranchir de cette servitude et de jeter sur les choses un regard désintéressé. Mais, en se libérant de la Volonté, l'entendement arrive à libérer la Volonté elle-même ; car celle-ci ne s'attachait aux choses qu'en tant qu'elle se les représentait comme des réalités étrangères à elle-même, comme des objets distincts, sources de joies désirables. Or le voile d'illusion que la Volonté a tendu entre elle et les choses se déchire, si la Volonté se reconnaît dans ce non-moi, qu'elle s'épuisait à poursuivre, si elle se rend compte que la vie, née de son effort, n'est que contradiction, écoulement sans fin et sans raison, enfin souffrance sans répit. « Alors elle se détourne de la vie, elle prend en horreur les jouissances, où elle reconnaît une affirmation de la vie. » Ainsi la « connaissance du tout, de l'essence des choses » n'inspire pas seulement la justice et la pitié; « elle devient pour toute volonté un quiétif1 ».
Un « quiétif » ! Le terme est heureux et caractérise à merveille la morale de l'abnégation. Il ne s'agit plus ici de suicide cosmique, mais, plus simplement, de l'apaisement du vouloir réfléchi. Le sage ne supprime ni le monde,
parties les plus faibles du système. Cf. Suppléin., tout le ch. xli, W, II, p. 542-598 sq. * 1. Monde, I, § 68, W., I, p. 486-487.
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ni lui-même, mais, en continuant de vivre, il cesse de vouloir, d'aimer la vie et s'élève à la sérénité de la contemplation.
Or cette attitude n'est pas nouvelle pour nous; c'est celle que le beau inspire à ses amants, artistes ou simples admirateurs. La contemplation de la beauté naturelle et l'art, en nous révélant la pure essence des choses, nous offrent une première voie de salut; nous n'y reviendrons pas. Mais il en est une autre, la voie tragique de la douleur, voie plus rude, mais plus brève aussi, et, au contraire de la première, accessible au plus grand nombre. Car il n'est pas donné à tous de s'affranchir, par la pure intuition intellectuelle, du principe d'individuation ; au plus grand nombre, le vouloir-vivre ne laisse pas le loisir de pénétrer son essence; il les tient en haleine. Souvent, au contraire, l'expérience même de la douleur nous apporte la révélation du néant de la vie; l'excès des maux arrive à briser le ressort de la Volonté, et d'aucuns se sont élevés à la résignation simplement pour avoir trop souffert. « De la flamme purifiante de la souffrance jaillit brusquement, comme un éclair, la négation du vouloir-vivre, c'est-àdire la rédemption *. » Schopenhauer a développé à mainte reprise le thème chrétien de la « bonne souffrance » (das heilsame Leiden 2), « moyen de grâce 3 », qui « guérit et vivifie 4 ». Il est visible, au reste, que, dans cette théorie de la douleur libératrice, il pense beaucoup moins aux « sages » de l'Inde qu'aux « saints » du chris-