‹ SchopenhauerChapitre 26 sur 266 · Préface de la lre éd. de l'Ethique, W., III, p · texte numérisé non relu

Préface de la lre éd. de l'Ethique, W., III, p

démonstration, mais, on ne saurait trop le redire, par voie d'intuition. La vérité est proche de nous et en nous : il suffit de dessiller les yeux pour qu'elle les illumine. Au fond, tout homme est philosophe à sa façon ; il est, par essence, un « animal métaphysique1 ». Il n'est donc pas besoin des voies tortueuses de la logique pour expliciter ce que chacun entrevoit confusément. Le rayon, projeté dans les ténèbres, éclaire instantanément le tout et les parties des objets qu'elles dissimulaient. Sans doute, aux vérités centrales se rattachent les diverses disciplines philosophiques, que les nécessités de l'enseignement nous obligent à distinguer. Mais c'est là un lien « organique », dont on peut bien suivre la continuité, mais qu'on ne divise qu'en supprimant la vie même. « Pareille connaissance, disait Schopenhauer aux auditeurs de sa première leçon, ne se laisse pas morceler2. »

Il en résulte que cette philosophie, qui a toujours traité avec mépris la logique3, est elle-même logiquement pauvre. Aucune n'est de dialectique aussi courte, comme aucune aussi n'est plus riche en exemples concrets empruntés à la vie, en arguments de fait, en portraits, en paysages même. Mais qui ne voit ce que pareil genre offre d'ingrat et d'épuisant pour l'enseignement. Si Schopenhauer a pu dire de son œuvre : « La forme et la matière sont ici en contradiction 4 », combien a fortiori dut-il sentir le perpétuel malentendu de sa parole et de sa pensée! Du moment, surtout, qu'il lui répugnait de « lire », comme

Page 1