‹ SchopenhauerChapitre 28 sur 266 · Au même, 21 mai 1824, ibid., p · texte numérisé non relu

Au même, 21 mai 1824, ibid., p

s'éloigne en mai 1823, et ces relations ne laisseront pas de trace dans sa vie. 11 regagne l'Allemagne, s'arrête à Munich. Mais là, sa mauvaise fortune reprend le dessus; il tombe malade et passe tout l'hiver dans sa chambre. Puis il remonte au nord par Stuttgart, Heidelberg et Mannheim, séjourne un hiver à Dresde, où il entre en relations et bientôt se brouille avec Tieck, et revient échouer à Berlin, en mai 1825.

Durant six ans, il séjourne dans cette ville détestée, six années dont il n'y a rien à retenir, tant elles sont vides1. En 1831, le choléra éclate à Berlin. Schopenhauer se souvient alors d'un songe qui l'a troublé durant la nuit du 31 décembre précédent. Ce songe lui prédisait qu'il mourrait dans l'année, et nous verrons bientôt que son système admettait la vertu prophétique du rêve. Bref, au mois d'août, il fuit devant l'épidémie, comme il avait fui devant la guerre en 1813. Une ville, en Allemagne, passait pour être, par sa situation, à l'abri du choléra : Francfortsur-le-Main. Il s'y installe en hâte, et y passe une année pour tâter du climat. Mannheim aussi l'attire, et il y

1. Il nous parait bien inutile de rappeler ici en détail le ridicule procès auquel les biographes allemands consacrent de longues pages. En deux mots, voici l'affaire, qui remonte à 1821. Une certaine demoiselle Marquet, couturière et voisine de palier de Schopenhauer, s'était un jour attardée à bavarder avec quelques amies dans le vestibule conduisant à la porte du philosophe. Celui-ci, venant à rentrer, invita les commères à s'éloigner du vestibule, auquel lui seul avait droit. La voisine s'y refusa. Après une seconde injonction aussi vaine que la première, Schopenhauer saisit la femme par la taille et la traîna jusqu'au palier avec quelque rudesse. La victime se plaignit d'avoir été blessée et réclama une pension. Le procès traîna durant l'absence de Schopenhauer, alla en appel et dura six ans. En définitive, Schopenhauer fut condamné et dut payer à la plaignante une rente annuelle de soixante thalers. « Obitanus, abil onus! » s'écria spirituellement le philosophe quand il apprit entin, en 1841, la mort de sa créancière. Voir les détails et les pièces dans Gw., 2e éd., p. 305-329 et dans Griseb., Sch., Gesch. sein. Leb., p. 152- 153, 162-165, et 295-309.

passe, en guise d'essai, une année entière. Mais Francfort lui paraît plus tiède et plus sain. Peut-être aussi, à Mannheim, redoutait-il le voisinage de sa mère et de sa sœur, qui avaient, à maintes reprises, manifesté l'intention de s'y fixer. Bref, en juin 1833, il vient établir sa résidence à Francfort, avec le ferme propos de ne plus céder au « démon des voyages ».

On verra qu'il devait tenir parole et passer à Francfort les vingt-sept dernières années de sa vie.

Quel est donc le bilan de ces douze années de vie errante et solitaire? On a écrit plus haut le mot de « stérilité », qui a pu paraître injurieux; le moment est venu de le justifier.

S'il ne s'agissait que du caractère et de l'action sociale, on n'hésiterait pas, sans doute, à accepter le terme dans sa rigueur. L'habitude de l'isolement a achevé de durcir les traits d'une physionomie morale naturellement chagrine. Ce qui, chez l'enfant, était sauvagerie naturelle est désormais, chez notre philosophe, parti-pris volontaire. « Arrivé à l'âge d'homme, écrit-il, je suis devenu systématiquement insociable1. » Avec quelle dureté il repousse la démarche tentée par Osann pour le rapprocher de sa sœur2! Quant au mariage, il y songe moins que jamais. «Matrimony , — war and wanl » : « Le mariage, — guerre et misère! » écrira-t- il bientôt3. S'il lui arrive de fréquenter ses semblables, c'est pour faire auprès d'eux collection de griefs nouveaux. Gardons-nous, dit-il, de

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