Remarq., N., III, p
dente passade. Il était sensuel et rien moins que chaste et il méprisait assez la femme pour chercher fort bas des rencontres sans lendemain. Mais de là à chercher dans l'avarie l'explication d'une dégénérescence précoce qui aurait stérilisé son génie, il y a loin. La lettre adressée de Florence à Osann est d'un homme parfaitement sain et heureux de vivre, et celle qu'il lui écrit de Munich nous renseigne assez crûment sur la nature véritable du mal dont il souffrait1, pour qu'on puisse admettre qu'il n'eût pas hésité, le cas échéant, à pousser plus loin la confidence. En tout cas, en 1827, il écrit à Thiersch, qui lui a prêté assistance à Munich, qu'il a joui, depuis sa guérison, « de la santé la plus parfaite », qu'il ne s'est « jamais senti mieux ni plus solide2 ».
Il faut donc chercher ailleurs l'explication de l'infécondité des années qui mènent Schopenhauer de la trentaine au delà de la quarantaine. La cause, croyons-nous, n'en est ni physiologique, ni même morale, mais tout intellectuelle ; elle est tout entière dans l'œuvre du philosophe et dans la nature même de son génie.
Le 23 juin 1818, Schopenhauer écrivait à Goethe, en lui annonçant la prochaine apparition du Monde : « Mon ouvrage... est le fruit, non seulement de mon séjour ici, mais, dans une certaine mesure, de ma vie. Car je ne crois pas que je produise jamais quelque chose de meilleur ou de plus plein, et je pense qu'Helvétius a raison de dire que, jusqu'à la trentième année, tout au plus la trente-cinquième, le spectacle du monde éveille chez
1. « Héraorrhoïdes avec fistule, goutte, douleurs nerveuses »; 2 mai 1824, Sciiem., p. t40.