Ibid., p
SCHOPENH AUER .
l'homme toutes les pensées dont il est capable et que tout ce qu'il fournit par la suite n'est que le développement de ces pensées1. » Or on ne peut qu'être frappé de l'insistance avec laquelle Schopenhauer revient sur ce thème. Il écrit à Lichtenstein, le 13 décembre 1819 : « J'ai, avec mon dernier ouvrage, pleinement atteint le but essentiel de ma vie 2 » ; à Osann, le 20 avriJ 1822 : « J'ai vécu pour écrire mon livre 3 » ; trente ans plus tard, il attestera encore : « Dès 1814, tous les dogmes de mon système s'établirent jusque dans leurs conséquences4» ; enfin, peu de temps avant de mourir, il se rèndra ce témoignage : « Je n'ai jamais écrit que quand j'ai eu quelque chose à dire5 ». Qu'on rapproche ces textes, l'explication cherchée s'en dégagera d'ellemême. A trente ans, après cinq années de fécondité victorieuse, Schopenhauer croit son œuvre faite; il le croit avec la candeur d'un esprit dont la sincérité a été la plus éminente vertu; il a la conviction profonde d'avoir, en découvrant les relations du savoir et du vouloir, résolu le problème que Kant avait désespéré d'éclaircir; il a la fierté d'avoir atteint, autant que l'esprit humain en est capable, '< la véritable solution de l'énigme du monde », et, en ce sens, il ne craint pas d'appeler sa philosophie une « révélation6 ». Qu'on ne voie pas, encore une fois, dans cet audacieux témoignage rendu par un penseur à sa propre création, l'expression d'un orgueil satisfait. Ce n'est pas à lui-même qu'il rend cet hommage, mais à la