Ibid., p
3. L'édition avait été de 750 exemplaires ; après l'envoi au pilon, il en restait 150 en 1828.
Quant à la critique, elle avait fait pis que de censurer l'œuvre, elle l'avait ignorée, ou peu s'en faut. Ni la recension détaillée et à demi élogieuse de Beneke1, ui le témoignage flatteur, mais bref et tardif, de Jean-Paul2 n'avaient suffi à secouer l'indifférence du public.
On s'explique dès lors que, n'ayant rien à livrer au public d'une pensée demeurée stationnaire, l'auteur du Monde se trouve réduit à chercher dans la pensée d'autrui un moyen d'atteindre des lecteurs, et qu'il songe à des traductions d'œuvres étrangères. En 1824, il écrit, de Dresde, à un éditeur pour lui proposer de traduire The natural History of Religion et les Dialogues on natural Religion de Hume et le Délia causa, principio ed uno de Giordano Bruno. Il s'offrait même à traduire des romans anglais3 ! La tentative resta sans effet. En 1829, la lecture d'un article de la Foreign Review, où l'auteur exprimait le regret que l'œuvre de Kant fût restée inaccessible au public anglais, lui suggère l'idée de traduire en anglais les principales œuvres de Kant, et il écrit, à ce sujet, une longue et fort belle lettre anglaise à l'auteur de l'article, Francis Haywood4. L'offre n'eut pas plus de succès que la précé-
1. Dans la Jenaische allgem. Litteratur-Zeitung, déc. 1820. Beneke, plus jeune de vingt ans que Schopenhauer, était comme lui privat-docent à l'Université de Berlin. Il notait dans le livre, à côté de qualités éminentes, des « erreurs confinant à Ja folie ». En outre, il avait, par inadvertance, mis entre guillemets quelques citations inexactes. Cette incorrection, plus encore que la franchise de la critique, déchaîna la colère de l'auteur. Schopenhauer envoya à la gazette une protestation en termes si injurieux que la rédaction refusa de l'insérer. Il fit alors paraître la note, à ses frais, parmi des réclames du journal, sous ce titre : Réprimande nécessaire pour des citations mensongères (10 févr. 1821). On en trouvera le texte dans W., VI, p. 263-266.
2. Dans la Kleine Bucherschau, Breslau, 1825, t. II, p. 200 et 203 et suiv.