Préf. de Vol., W., III, p
2. Ueber den Willen in der Natur, Francfort, chez Siegmund Schwerber, 1836; W., III, p. 179-343. On a conjecturé, sans preuve certaine, qu'il lit l'édition à ses frais.
3. A quelle date? C'est ce qu'on n'a pas encore déterminé. Il y a là un petit problème qui mériterait d'être élucidé.
à constater que la position adoptée par Kant, en 1781, était beaucoup plus voisine de son propre idéalisme que celle à laquelle s'arrêta plus tard Fauteur de la Critique. Il y avait donc pour lui un intérêt tout personnel à ce que la première édition de la Raison pure fut adoptée pour base de l'édition définitive. Les éditeurs de Kœnigsberg, au contraire, se proposaient de mettre au premier plan la seconde édition, expression de la pensée dernière de Kant. Une lettre de Scbopenhauer les convertit au parti contraire. En termes pressants, passionnés même, le philosophe leur montrait à quel point Kant, dans la seconde édition, avait « mutilé, déformé, gâté » son propre ouvrage; il allait même jusqu'à attribuer cette altération à des motifs mesquins, à la crainte de heurter l'autorité et le dogmatisme officiel. Il offrait aussi aux éditeurs de mettre à leur disposition la collation qu'il avait faite pour lui-même, ligne par ligne, des deux éditions, ainsi qu'un index des fautes d'impression des Prolégomènes et de la Critique du jugement. Toutes ces corrections furent acceptées, et la première édition complète des œuvres de Kant est ainsi, pour une part importante, l'œuvre de Schopenhauer. Ce fut, dans sa carrière d'écrivain, sa première satisfaction d'amour-propre 4.
La seconde suivit de près. La Société norvégienne des Sciences de Drontheim venait de mettre au concours un mémoire sur la liberté de la volonté. Schopenhauer se mit sur les rangs et obtint le prix avec le titre de me?nbre de la société (1839). En revanche, un mémoire sur les fondements de la morale, qu'il présenta au concours ouvert sur
i, Cf. la correspondance avec Rosenkranz, ainsi que les corrections proposées au texte de Kant, dans Schem., p. 186-205.
cette question par la Société danoise des Sciences, fut déclaré indigne du prix ; on lui reprochait même d'avoir laissé au second plan la question principale et de s'être laissé aller à d'inexcusables violences de langage contre les philosophes les plus respectés. Ces philosophes, c'étaient Schelling et Fichte, c'était surtout Hegel, qu'il n'avait jamais poursuivi encore d'outrages aussi sanglants (1840). L'année suivante, les deux ouvrages paraissaient ensemble sous le titre commun : Les deux problèmes fondamentaux de l'Éthique l. Mais l'échec de Copenhague avait irrité Fauteur plus encore que le succès du premier mémoire ne l'avait satisfait. Il publia en tête du volume une préface follement injurieuse, où il rendait les hégéliens responsables de son échec. Cependant l'excès de sa virulence n'arriva pas à émouvoir l'opinion. L'Éthique, comme la Volonté dans la nature, passa inaperçue : la critique n'en souffla mot.
Au reste, ces travaux occasionnels n'avaient pas détourné le tenace écrivain de l'œuvre maîtresse qui, depuis un quart de siècle, était restée comme le centre de gravité de sa pensée. Le Monde n'avait pas été lu ; mais, depuis cet échec, une génération de lecteurs avait passé, et Schopenhauer en appelait, avec une indéfectible confiance, du jugement des hommes de son temps et de son pays à celui de l'avenir et de l'humanité tout entière. Seulement le grand ouvrage avait été presque entièrement anéanti par l'imprévoyante lésinerie de l'éditeur. Une nouvelle édition était nécessaire pour livrer le procès, pièces en mains, à des juges nouveaux. Le mieux, même, eût peut-être été de
1. Diebeiden Grundprobleme derEthik, chez Chr. Hermann, Francfort, 1841; W., t. III, p. 345-656.
SCHOPENH AUER .
récrire entièrement le Monde comme volonté et comme représentation. Mais c'était tout justement le genre de remaniement dont Schopenhauer était le moins capable. Le livre de 1818, écrit en plein épanouissement de son génie, était, à ses yeux, une de ces œuvres achevées, définitives, qui ne comportent pas de retouches, « œuvre de toute ma vie », avait-il dit, c'est-à-dire decelles qu'on ne recommence pas. Il avouait d'ailleurs n'avoir plus, à cinquante-cinq ans, « le feu de la jeunesse ni l'énergie de la première conception », ni la même force pour « saisir l'idée fondamentale du système à sa source et la poursuivre dans ses quatre ramifications1 ». Il ne lui restait dès lors qu'un parti : se borner, en ce qui concerne l'ouvrage lui-même, à la retouche de détails accessoires (Nebendinge)2, et, par contre, se donner libre carrière en écrivant un livre nouveau, calqué sur le plan du premier, et cependant indépendant; des « Compléments » (Ergànzungen) dont le lien se trouverait dans le premier volume, et qui pourtant, pris en eux-mêmes, comme autant de dissertations, auraient un sens et un intérêt propres. Moins abstrait que l'œuvre principale, écrit avec la plume élégante d'un essayiste et parfois d'un poète, ce second volume servirait, auprès du grand public, à excuser l'austérité du premier. C'est, assurait-il à Brockhaus, ce que j'ai écrit de meilleur3. Au total, ajoutait-il, l'entreprise, au lieu d'être une affaire désastreuse comme la première édition, en serait une excellente 4. Brockhaus, après un refus formel, se laissa convaincre par