Lettre du 5 janvier 1848, Griseb., Lettres, p
et faire sa trouée dans le monde comme il pourrait1 ». Les lettres du maître, quand elles abordent la doctrine, ne portent guère que sur de menus détails, sur les faits scientifiques, sur les lectures qui la confirment.
En revanche, deux thèmes reviennent sans cesse, avec une lassante monotonie, dans cette correspondance; c'est d'abord l'animosité de Schopenhauer contre les professeurs de philosophie, la fameuse « conjuration » à laquelle, en toute bonne foi, il attribue l'échec de son système. Il s'imagine que les philosophes d'université « pensent à lui tout le jour », qu'ils le voient, « la nuit, en songe, comme le loup-garou- ». L'autre thème, qui n'est que la contre-partie du premier, c'est la gloire naissante de Schopenhauer et le parti qu'il cherche à tirer du zèle de ses disciples. Car, s'il accueille leur hommage avec une bienveillance hautaine, c'est, il ne s'en cache pas, qu'il voit en eux les avant-coureurs des foules admiratrices 3, et, plus encore, des courtiers de gloire, on est tenté de dire des agents de réclame. Parmi eux, il ne tarde pas à distinguer les « apôtres passifs », qui se contentent de le lire et de lui écrire, et les « apôtres actifs », Dorguth, Frauenstaedt, Lindner, qui entreprennent de secouer pour lui l'indifférence du public. Dorguth, dès 1843, avait, dans un petit écrit 4, vanté Schopenhauer comme « le premier penseur vraiment systématique de toute l'histoire littéraire ». Deux années plus tard, il consacrait au philosophe
1. Lellre à Asher, 16 juin 1855, Giuseb., Lettres, p. 408; cf. lettre à Becker, 3 août 1844, ibid., p. 91.
2. Lettreà Frauenstaedt, 29 juin 1855, Griseb., Lettr.,\>. 296; cf. ibid., nu même, 11 juin 1848, p, 151, et 9 déc. 1849, p. 157.
3. Lettres à Becker, 3 août 1844, ibid., p. 91, à Frauenstaedt, 5 janT. 1848, ibid., p. 144, et à v. Doss, 10 mai 1852, Schem., p. 239.