Die falsche Wurzel des Idealrealismus, Magdebourg
une brochure intitulée : Schopenhauer dans sa vérité1. Lindner, rédacteur de la Gazette de Voss, était admirablement placé pour faire à Schopenhauer une réclame de premier ordre, et c'est à lui que revient le mérite d'avoir éveillé l'attention du grand public sur les Parer g a et Paralipomènes . Au reste, aucun ne déploya un zèle comparable à celui de 1' « archi-apôtre », de Frauenstaedt. Non content de lui dédier un livre tout inspiré de sa doctrine 2, il avait écrit, en 1854, des Lettres sur la philosophie de Schopenhauer 3, qui prétendaient être, pour la philosophie de la volonté, ce que les Lettres de Reinhold avaient été pour la Critique de Kant, une œuvre de vulgarisation. C'était, en effet, un livre de réclame, livre médiocre, grossièrement louangeur, où cependant Schopenhauer prit « un plaisir infini » à trouver, « comme dans un miroir convexe..., une miniature parfaitement ressemblante » de sa propre image 4. Et l'archi-apôtre s'abaisse à des besognes plus basses encore; il joue pour le maître le rôle d'Argus de la Presse, dévore journaux et revues, fouille les salles de lecture et les bibliothèques, flairant le livre, l'article, l'entrefilet, la ligne où se trouvera la moindre allusion à la philosophie nouvelle. Avec quelles caresses le limier est accueilli si la chasse a été bonne! mais aussi, quand il revient bredouille, quand son ardeur se lasse, avec quel sans-gêne, quelle sécheresse blessante, le maître le rabroue! Car, à mesure que son nom est plus répandu, sa soif de célébrité s'exaspère. Il ose avouer : « Mon
2. Ueber das wahre Verhaltniss der Vernunft zur Offenbarung, Darmstadt, 1848.
3. Briefe iiber die Schopenhauer 'sche Philosophie, Leipzig, 1854.
4. Lettre à Frauenstaedt, 28 janvier 1854, Griseb., Lettr., p. 249-250.
tourment est de ne pas connaître la moitié de ce qu'on écrit sur mon compte1 ». Aussi finit-il par lasser la servilité de Frauenstaedt lui-même, et la correspondance cesse entre eux en 1856. C'est alors Asher, infatigable lecteur, qui assume le rôle de pourvoyeur et, juqu'au dernier moment, tient le philosophe au courant des moindres échos de sa popularité.
Vers la fin des années cinquante, la cause était gagnée, et Schopenhauer put, avant de mourir, en recevoir les preuves les plus flatteuses. La plus concrète était la vente de ses livres et la nécessité de procédera de nouveaux tirages. Il eut la joie, pendant les six dernières années de sa vie, de publier des éditions augmentées de toutes ses œuvres, à l'exception des Parerga2, Mais une satisfaction plus imprévue lui était réservée : la « conjuration » même était vaincue, et l'Université ouvrait sans rancune ses portes à la doctrine du penseur qui n'avait cessé de prodiguer contre elle les plus basses injures. C'est la faculté de philosophie de Leipzig, qui met au concours un mémoire sur la philosophie de Schopenhauer (1856) 3 ; c'est le professeur Knoodt, à Bonn, c'est un privat-docent de Breslau, Kœrber, qui annoncent des cours sur le même sujet. Schopenhauer était bien vengé des lointains, mais toujours cuisants déboires de son enseignement î
Et maintenant c'étaient les menus signes extérieurs de la popularité qui achevaient de consacrer sa gloire. Les
1. Lettre à Asher, 2 juill. 1858, ibid., p. 429; cf. lettre à Frauenstaedt, G déc. 1859, ibid., p. 355, et lettre à Asher du 1er avril 1860 [ibid., p. 445) où il lui recommande de ne pas affranchir ses envois : « La moindre notice vaut pour moi dix t'ois le port! »