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Il laissa à sa mort un capital de 70.000 florins rhénans

les journaux de toutes langues, le Times surtout. Mais, moitié par égoïsme de vieillard, moitié parce qu'il pensait, en philosophe, sub specie aeterni, la plupart des grands événements qui signalèrent le milieu du siècle le laissèrent indifférent. Il n'a pas compris la grandeur du mouvement religieux auquel se rattachent les noms de Strauss, de Baur et de Feuerbach1. Du matérialisme contemporain, de Moleschott et de Buchner, il n'a parlé qu'avec le plus dédaigneux mépris. Il semble, si au courant qu'il fût des choses de France, ignorer jusqu'au nom de Saint-Simon et d'Auguste Comte. Enfin, il a fait plus que rester insensible à la littérature sociale et au mouvement d'émancipation ouvrière qui aboutirent à la révolution de Février; il a violemment exprimé son aversion contre la doctrine du progrès humain, qui n'est, à ses yeux, qu'une chimère substituée par le xixe siècle à la chimère de l'au-delà2; et le jour où l'insurrection ensanglante les rues de Francfort, où la fusillade crépite jusque sous ses fenêtres, il accueille à bras ouvert les « culottes bleues » autrichiennes, qui choisissent ses fenêtres pour tirer sur le peuple, et donne à l'olficier sa lunette d'approche pour mieux voir « le tas » sur le pont; il applaudit à la défaite de la « canaille souveraine3 », et c'est aux soldats prussiens devenus invalides en défendant « l'ordre légal » qu'il attribuera par testament la plus grande partie de ses capitaux.

1. Il a cependant lu Strauss (cf. Monde, W., H, p. 726 et 746, et Parerga, W., IV, 305 et V, 404) et Feuerbach (Ethik, W., III, p. 565, note); mais ce sont des hégéliens, et, dira-t-il au moins de Feuerbach, « c'est tout dire ».

2. Dans de nombreuses lettres à Franenstaedt, notamment (Griseb., Lettr.)t p. 298, 314 et suiv., 340 et suiv.

3. Cf. lettre à Frauenstaedt, 2 mars 1849, Griseb., Lettr., p. 155-6.

La fusillade du 18 septembre 1848 est le seul événement public qui inquiéta la vie du philosophe. Il haïssait le bruit, l'anarchie. Mais il ne craignait pas la mort et l'attendit sans trouble. Au printemps de 1857 et en avril 1860, s'étaient fait sentir les symptômes d'une maladie de cœur ; mais il en avait vaillamment triomphé. Dans les premiers jours de septembre 1860, se déclara une congestion pulmonaire. Il semblait s'en remettre quand, le k au matin, on le trouva inanimé sur son canapé.

Il s'était éteint sans souffrances au-dessous du portrait de Gœthe.

Au cimetière de Francfort, où il fut enseveli, on grava selon sa volonté, sur une dalle de marbre noir, ces simples mots1 :

Arthur Schopenhauer.

1. Par testament, en dehors du legs principal fait aux invalides de la guerre civile, Schopenhauer léguait des sommes d'argent à des parents éloignés, à sa vieille bonne, qui reçut en outre l'argenterie et le mobilier, à une dame du théâtre de Berlin, avec laquelle il avait entretenu des relations intimes; il réservait un capital de 300 florins pour l'entretien de son chien Atma; enfin, il destinait différents cadeaux à ses amis ou disciples, Bâhr, Lindner, Asher, Lunteschiitz, Criiger. Frauenstaedt recevait la part du lion : les manuscrits et les droits d'auteur sur toutes les éditions à venir. Gwinner, juge à Francfort, exécuteur testamentaire, recevait la bibliothèque.

Le catalogue de la bibliothèque de Schopenhauer a été publié par Griseb., Ed. u. Ined., p. 139-184. Sur les manuscrits, voir à la fin du volume l'appendice bibliographique.

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