Gw., p. 23 sq
et résignée s'il eût été , par ailleurs, d'humeur patiente et modérée. Or, nous le savons déjà, si Schopenhauer n'a jamais été fou, il a, dès l'enfance, manifesté un caractère susceptible, bizarre et excessif. C'est d'abord, de par sa double hérédité, un colérique. Sa mère craint ses emportements et se refuse à vivre avec lui. L'un des plus bienveillants de ses amis, von Quandt, écrit en 1818 : « Il est violent comme l'ouragan1 ». C'est, en outre, une nature passionnée, sensuelle même. Un petit poème, qui date des années de Hambourg, nous permet d'entrevoir la violence des premiers entraînements du jeune employé de commerce : « 0 volupté, ô enfer! ô sens, ô amour, que rien ne peut satisfaire ni dompter 2 !» A Dresde, à Berlin, la passion l'a entraîné aux liaisons les plus vulgaires, et il semble bien qu'elle l'a tourmenté jusqu'au seuil de la vieillesse, car il a exprimé à plus d'un confident des dernières années la satisfaction d'en être quitte enfin avec « le tumulte de l'amour3 ». Qui ne sent, d'ailleurs, un accent personnel dans l'âpreté avec laquelle il parle de l'esclavage de la passion chez l'homme que l'âge n'a pas encore affranchi 7t? N'y a-t-il pas encore une sorte d'appétit sensuel dans son attachement à l'argent, auquel il ne demande pas seulement l'indépendance, mais le confort? N'a-t-il pas séché d'impatience dans l'attente de la gloire et, quand elle est venue, n'en a-t-il pas respiré l'encens avec une sorte de volupté avide?
Apporte-t-il, du moins, dans la recherche du plaisir,