Cité par Kuno Fischer, p
traite la plus froide et de l'observer ainsi cristallisée (erstarrt) 1 ». On ne saurait, croyons-nous, attacher trop d'importance à ce texte ; il met en vive lumière le tempérament intellectuel de notre philosophe. Schopenhauer est un romantique; il en a la « fantaisie » débordante, la sensibilité intuitive ; mais c'est aussi un rationaliste, élevé à l'école du dix-huitième siècle français. Sous l'image, il veut reconnaître l'idée; dans l'intuition, la chose en soi. Ainsi le conflit que nous signalions naguère entre sa sensibilité et son intelligence, se retrouve au sein même de sa vie intellectuelle. Sa raison stérilise la spontanéité de son imagination. On peut dire, en un mot, qu'il a exercé sur lui-même cette ironie glaciale qui a élargi la solitude autour de lui : et sans doute est-ce là une raison de plus qui explique l'amertume de son caractère.
En tout cas, cette sévérité pour lui-même n'est qu'un aspect de ce respect du vrai qui a été chez lui plus qu'une qualité, une véritable vertu. Sa mère, mal disposée pour lui, ses amis ont rendu hommage à sa sincérité. La recherche passionnée de la vérité a fait l'unité de sa vie. A Gœthe, à Osann, à Bœttiger, à ses disciples, il ne se lasse pas de redire qu'il a vécu pour son œuvre, que le reste n'est rien2. Cet ironiste n'est rien moins qu'un dilettante ; il assigne à sa vie une tâche infiniment haute, qui n'est autre que de résoudre « l'énigme du monde » et de libérer ses semblables de l'illusion du vouloir- vivre : « Contrairement à la nature et au droit de l'homme, j'ai dû dérober mes forces au service de ma personne et à l'ac-