N., IV, p
2. On a déjà cité plus haut les passages saillants des lettres à Gœthe et à Osann. Cf. la lettre à Bœttiger, 24 avril 1814, Schem., p. 73.
LE CARACTÈRE
croissement de mon bien-être, pour les consacrer au service de l'humanité. Mon intelligence a appartenu non à moi, mais au monde1 ». C'est en toute bonne foi qu'il croit sa tâche remplie, sa « mission accomplie2 ». Il a la fierté de son œuvre, non parce qu'elle est sienne, mais parce qu'il la tient pour révélatrice de vérités insoupçonnées et bienfaisantes3.
Ajoutons que cette œuvre, il l'a défendue avec un courage qu'aucun échec n'a lassé. Dès le début, il rompt en visière avec les philosophes patentés, avec ses propres collègues de l'Université de Berlin, sans tenter la moindre démarche pour se ménager la faveur d'aucun d'eux. Son échec ne l'a pas un seul jour incliné aux concessions; il n'a rien atténué, ni les critiques audacieuses, ni les thèses outrancières. Jusqu'au bout, il s'est contenté d'offrir son œuvre au public, dédaignant de recourir aux procédés de basse réclame ; dignité d'autant plus méritoire que le dépit de l'insuccès exaspérait en lui des rancunes aussi puériles que violentes. En un mot, il a pratiqué dans toute leur intégrité les vertus intellectuelles dont il a tracé, dans les Parer ga, le magnifique éloge, la sincérité désintéressée de l'effort, l'impatience irrésistible de déchiffrer l'énigme des choses, le sérieux profond de la pensée qui s'efforce de pénétrer au plus intime de l'être, enfin l'amour enthousiaste de la vérité 4.
Comprend-on, dès lors, en quel sens il est permis de voir, dans l'œuvre de Schopenhauer, la fidèle expression de sa