‹ SchopenhauerChapitre 59 sur 266 · W., IV, p · texte numérisé non relu

W., IV, p

personnalité? Ce ne sont pas des tristesses vécues qui expliquent cette œuvre, car, au moment où il écrivait le Monde, il n'avait guère rencontré d'autre épreuve que la mort prématurée de son père et les querelles domestiques ; il n'avait souffert encore ni de la maladie, ni de l'isolement, ni des déboires de professeur et d'écrivain qui l'attendaient. Mais il a fait revivre dans son grand, on peut dire dans son unique ouvrage, la personnalité complexe que nous nous sommes efforcé d'analyser: une mélancolie passionnée, exaspérée par une vision aiguë du réel et graduellement adoucie par l'ironie, une perception infiniment clairvoyante de l'illusion des apparences, une imagination d'artiste contrôlée par une raison exigeante, une sincérité absolue, doublée d'une foi enthousiaste en l'excellence de l'œuvre accomplie. Voilà ce qui anime d'un souffle si puissant l'œuvre pour laquelle il a vécu et qui est bien, il a pu se rendre ce témoignage, le meilleur de sa vie.

Page 1