Monde, III, g 34, W., I, p
une vue des choses1 ». Plus sûrement qu'aucune dialectique, elle atteint le vrai. L'intuition sensible nous permet même d'apercevoir, sans aucun raisonnement discursif, certaines vérités mathématiques élémentaires; et Schopenhauer n'a pas craint d'écrire cette formule, qui eût fait bondir Kant : « Toute intuition est intellectuelle2». On s'explique, dès lors, que cet enfant terrible de l'Encyclopédie et du criticisme ait pu écrire contre la raison un réquisitoire aussi passionné que Pascal. L'intelligence n'est pour lui qu'une faculté seconde, « esclave » aveugle des obscurs desseins de la volonté, puissance « femelle », qui n'engendre que si elle est fécondée. Au penseur intuitif, le raisonnement n'apporte rien de plus que la « béquille » à l'homme sain ; les intuitions sont un « numéraire » dont les « concepts ne sont que les « billets3 » . De là, en revanche, l'apologie du génie, génie de l'artiste aussi bien que du philosophe, puissance tout aristocratique, dédaigneuse des petits procédés de la logique, et capable de s'élever d'un bond à la contemplation des « formes persistantes et essentielles du monde4 ». Schopenhauer professe pour le « philistin » le superbe mépris du romantique. On lit dans une note de 1816 cet avis qu'il se donne à lui-même : « Toi, mon ami, n'oublie jamais que tu es philosophe, appelé par la nature à cette vocation, et à nulle autre. Ne suis donc pas les chemins des Philistins5... » Et c'est enfin une théorie toute roman-